L’érudit Ibn ʿAsākir a rapporté, par la voie d’al-Walīd b. Muslim, d’après Zayd b. Wāqid, ces propos : « J’ai vu la tête de Yaḥyā b. Zakariyā lorsqu’on voulut construire la mosquée de Damas ; on l’avait extraite d’un des angles de la qibla qui jouxtait le miḥrāb, du côté oriental. La peau et les cheveux étaient restés intacts, sans aucune altération. » Dans une autre version, il est dit : « C’était comme s’il venait tout juste d’être tué. » Il est également rapporté qu’au moment de la construction de la mosquée de Damas, la tête fut placée sous la colonne connue sous le nom de « colonne des Sakasaka ». Dieu seul sait la vérité.
Al-Ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir a aussi rapporté dans « Al-Mustaqṣā fī Faḍāʾil al-Aqṣā », d’après al-ʿAbbās b. Ṣubḥ, lui-même le tenant de Marwān, de Saʿīd b. ʿAbd al-ʿAzīz, de Qāsim, affranchi de Muʿāwiya, l’histoire suivante : « Le roi de cette cité — c’est-à-dire Damas — se nommait Haddād b. Haddād. Il avait marié son fils à la fille de son frère, Areīl, reine de Sidon. » Et l’on dit qu’elle possédait, entre autres biens, le « Sūq al-Mulūk » (le Marché des Rois) de Damas, qui correspond aux anciennes échoppes de bijoutiers. Le texte précise que ce roi avait prononcé trois fois le serment de divorce contre elle, puis voulut la reprendre. Il consulta alors Yaḥyā b. Zakariyā, qui répondit : « Elle ne t’est pas licite tant qu’elle n’a pas épousé un autre mari que toi. » Elle lui en voulut et réclama la tête de Yaḥyā à ce roi, suivant le conseil de sa mère. Le roi refusa d’abord, puis finit par céder et envoya quelqu’un qui trouva Yaḥyā en prière dans la mosquée de Jīrūn et lui trancha la tête qu’il apporta sur un plateau. Alors la tête répétait : « Elle ne lui est pas licite tant qu’elle n’a pas épousé un autre mari que lui. » La jeune femme posa le plateau sur sa tête et l’apporta à sa mère, tandis que la tête prononçait toujours les mêmes paroles. Lorsqu’elle se tint devant sa mère, la terre l’engloutit jusqu’aux pieds, puis jusqu’à la taille. La mère se mit à hurler, les servantes à crier et à se frapper le visage. Puis la terre l’engloutit jusqu’aux épaules. La mère ordonna alors au bourreau de la décapiter, afin de se consoler en voyant sa tête ; il s’exécuta. Aussitôt, la terre rejeta le corps et tous tombèrent dans l’humiliation et la ruine.
Le sang de Yaḥyā continua de bouillonner jusqu’à l’arrivée de Bukht Naṣṣar (Nabuchodonosor), qui massacra soixante-quinze mille personnes pour l’apaiser. Saʿīd b. ʿAbd al-ʿAzīz dit que ce nombre correspondait à la compensation du sang de chaque prophète. Ce sang continua de jaillir jusqu’à ce qu’Armiyā (Jérémie, la paix soit sur lui) se tint devant lui et déclara : « Ô sang, tu as décimé les Fils d’Israël ; apaise-toi par la permission de Dieu. » Alors le sang s’arrêta. Le glaive fut levé, et tous ceux de Damas qui purent fuir partirent pour Bayt al-Maqdis (Jérusalem). Cependant, Bukht Naṣṣar les y poursuivit, en massacra un grand nombre, en fit des captifs, puis se retira ensuite.