Au cours de cette même année, le cheikh Abou Choujaʿ Muhammad ibn ʿAlî ibn Chouʿayb ibn al-Dahhân, spécialiste des lois successorales (al-farâʾiḍ), calculateur et historien bagdadien, s’éteignit. Il se rendit à Damas et fit l’éloge du cheikh al-Kindî Abou al-Yaman Zayd ibn al-Hasan en disant :
[du mètre al-basîṭ]
« Ô Zayd, que mon Seigneur augmente tes dons de Ses bienfaits,
des grâces dont l’espérance ne saurait atteindre la mesure.
Puisse Dieu ne jamais changer l’état dont Il t’a gratifié,
du temps que les grammairiens examinent “l’état” et “l’apposition”.
Quant à la grammaire, tu en es le plus digne parmi les savants :
n’est-ce pas à ton nom qu’on fait référence à titre d’exemple ? »
[Puis débuta l’année cinq cent quatre-vingt-treize]
Cette année-là, une lettre parvint du qâdî al-Fâḍil au [qâdî Muḥyî al-Dîn] ibn al-Zakî, l’informant que, dans la nuit du vendredi neuf Jumâdâ al-Âkhira, s’éleva un orage fait de ténèbres épaisses, d’éclairs fulgurants et de vents violents. Alors l’atmosphère se renforça et la tempête gagna en force, si bien que d’incessantes bourrasques s’entrechoquèrent, que des grondements retentirent, et que les murs tremblèrent et se heurtèrent. Ils semblèrent même se rejoindre de loin et se serrer les uns contre les autres. Un tourbillon de poussière s’éleva alors entre le ciel et la terre et l’on se dit : « Peut-être que l’un s’est refermé sur l’autre. » Il semblait que de l’Enfer ait débordé un torrent, et qu’un redoutable fléau en fût sorti. La violence du vent s’accrut au point d’éteindre les lampes des étoiles, de déchirer le voile du ciel et d’effacer ce qui était inscrit au-dessus.
Nous fûmes alors comme le mentionne la Parole de Dieu : « Ils mettent leurs doigts dans leurs oreilles pour se protéger des éclairs » (Coran 2:19). Et nous disions : ils placent leurs mains devant leurs yeux à cause des lueurs aveuglantes ; nul secours n’était en mesure de préserver la vue d’une telle fulgurance, et nul abri contre ce fléau, si ce n’est le refuge offert par la demande de pardon divin. Les hommes, les femmes et les enfants fuirent de leurs demeures, qu’ils fussent légers ou lourdement chargés, sans disposer d’aucun moyen de se protéger et sans savoir où se diriger.