Il le convoquait (1) et le pressait de se rallier à lui, afin qu’il fasse partie de ceux qui se soumettent à lui dans ses fautes reprochées et pour le combat (2). Puis, dans un long discours marqué de réprimande, de menace et d’un sévère avertissement, le sultan Ya‘qoub [Amir al-Muslimîn] (3) inscrivit au début (4) de sa lettre, au-dessus de sa propre écriture, la Parole divine : « Retourne vers eux ; Nous viendrons assurément à eux avec des armées qu’ils ne pourront affronter, et Nous les en chasserons humiliés et méprisés » (an-Naml, 27 : 37).
Le sultan partit alors aussitôt avec ses soldats et ses troupes, traversa le défilé (5) jusqu’en al-Andalus, et tous s’affrontèrent dans le lieu mentionné (6). La première défaite frappa d’abord les musulmans : vingt mille d’entre eux furent tués. Puis, finalement, ce furent les mécréants qui succombèrent : Dieu les vainquit, les brisa et les humilia par la pire des défaites, à la suite de laquelle cent quarante-trois mille d’entre eux furent tués, et treize mille faits prisonniers. Les musulmans remportèrent d’innombrables butins, dont cent mille tentes et quarante-trois mille tentes supplémentaires, quarante-six mille chevaux, cent mille mulets, autant d’ânes, soixante-dix mille armes complètes et un très grand nombre d’équipements. Ils s’emparèrent également d’un grand nombre de leurs forteresses et assiégèrent longtemps leur grande ville, Tolède, mais sans parvenir à la prendre. Ils levèrent donc le siège et regagnèrent leurs terres.
Après qu’il eut subi ces revers, le roi ennemi (al-finsh) se rasa la tête et la barbe (11), renversa sa croix, monta un âne, puis jura de ne plus chevaucher de cheval, de ne pas se délecter de nourriture (12) ni de partager la couche d’une femme avant que la chrétienté ne lui accorde la victoire. Il parcourut alors les royaumes francs (13) et réunit des troupes dont Seul Dieu connaît le nombre.
Le sultan Ya‘qoub se prépara de son côté, puis ils se rencontrèrent et livrèrent (14) un combat d’une violence inouïe. Les Francs prirent alors la fuite, plus honteuse encore que la première