Sultân Shâh et ses trésors virent leur prestige grandir, puis il rencontra le sultan Tughrilbek au mois de Rabî‘ al-Awwal de cette même année. Le sultan Tughrilbek fut tué et on envoya sa tête au calife, qui la fit exhiber (1) à la porte de la Nawba pendant plusieurs jours. Le calife envoya ensuite ses robes d’honneur (khil‘a) et l’acte d’investiture (taqlîd) au sultan Khwârazm Shâh, qui prit possession de Hamadhân (2) et d’autres territoires étendus.
Cette même année, le calife se mit en colère contre le shaykh Abû al-Faraj ibn (3) al-Jawzî, s’irrita (4) contre lui et l’exila à Wâsit. Il y demeura (5) cinq jours sans manger (6) et y resta cinq ans, se servant lui-même et puisant (7) son eau de ses propres mains. C’était alors un homme âgé de quatre-vingts (8) ans, qui récitait chaque jour et chaque nuit une khatma (lecture intégrale du Coran). Il déclara : « Je n’ai pas lu (9) la sourate Yûsuf durant cette période en raison de ma tristesse pour mon fils Yûsuf, jusqu’à ce que Dieu m’accorde l’issue favorable, comme nous le détaillerons plus loin si Dieu le veut (10). »
Cette année-là, parmi les notables (11) qui décédèrent se trouvait Aḥmad ibn Ismâ‘îl ibn Yûsuf Abû al-Khayr al-Qazwînî al-Shâfi‘î, le commentateur (12). Il vint à Bagdad et prêcha à la Nizâmiyya. Il suivait l’école théologique d’al-Ash‘arî en matière de dogme. Lors d’un jour de ‘Âshûrâ’, on lui demanda de maudire Yazîd ibn Mu‘âwiya ; il répondit : « C’était un imâm mujtahid. » Alors la foule lui jeta des briques, si bien qu’il se cacha puis s’enfuit à Qazwîn.
Quant à ash-Shâṭibî (13), l’auteur de la Shâṭibiyya (14), il s’agit d’Abû al-Qâsim ibn Fِirrah (15) ibn Abî al-Qâsim Khalaf ibn Aḥmad ar-Ru‘aynî ash-Shâṭibî.