Dans cette même année (1), le calife abbasside an-Nâsir li-Dîn Allâh (2) envoya au cheikh Abû al-Faraj Ibn al-Jawzî pour lui demander d’ajouter aux célèbres vers de ‘Adî ibn Zayd des poèmes qui leur conviennent (3), fut-ce jusqu’à en faire dix (4). Voici ces vers (5) : (mètre : al-khafîf)
« Ô toi qui te réjouis du malheur d’autrui et lui reproches les revers du temps, te crois-tu donc complètement épargné ?
As-tu un pacte ferme avec les jours ? Eh bien non, tu es plutôt un ignorant, trompé (6).
Qui as-tu jamais vu que la mort ait laissé vivre à jamais (7), ou protégé de toute oppression par un garant ?
Où donc est Khosrô, ce Khosrô des rois, père de Sâsân (8), et où est donc Sâbûr avant lui ?
Quant aux Banû al-Aṣfar, rois de Rome, il n’en reste plus aucune trace évoquée.
Et se souvient-on du maître d’al-Ḥaḍr, lorsqu’il l’édifia, tandis que le tribut de l’Euphrate et du Khabur affluait vers lui ?
Il l’éleva, le recouvrit de plâtre, si bien que les oiseaux y trouvèrent refuge sur ses plus hauts sommets.
Pourtant les mains de la mort ne l’épargnèrent point : le royaume lui échappa et sa porte demeura déserte (9).
Souviens-toi (10) aussi du seigneur d’al-Khawarnaq, lorsqu’un jour il contempla de haut et se mit à réfléchir à la droiture (11).
Il se réjouit de son état (12) et de l’étendue de ses possessions, tandis que la mer et as-Sadîr s’offraient à sa vue.
Puis son cœur prit garde et il dit (13) : “Quelle félicité pour l’homme vivant saurait durer jusqu’à sa mort ?”
Et finalement, après les délices (14), la royauté et l’autorité (15), ils furent tous ensevelis dans leurs tombes. »