Lorsque l’appel à la prière de l’aube retentit, le juge al-Fâḍil vint le voir alors qu’il n’était plus qu’à son dernier souffle. Quand le récitant lut ce verset : « Dieu me suffit, il n’est de divinité que Lui, en Lui je place ma confiance » (At-Tawba, 129), il sourit et son visage s’illumina, avant de rendre son âme à son Seigneur, qu’Il soit glorifié. Il mourut — que Dieu lui fasse miséricorde — et que sa demeure soit honorée, et que les Jardins du Paradis soient sa retraite. Il avait alors cinquante-sept ans, puisqu’il était né à Tikrît durant les mois de l’an cinq cent trente-deux (de l’Hégire).
Il fut en effet un soutien pour l’islam, une forteresse et un refuge contre les intrigues de vils mécréants, par la grâce que Dieu lui accorda. Les habitants de Damas n’avaient jamais subi un pareil malheur, et chacun d’eux aurait souhaité le racheter au prix de ses enfants, de ses proches ou de ses compagnons. Les marchés furent fermés, et l’on prit soin de préserver les biens. Puis on s’occupa de ses funérailles et du lavage rituel de son corps, en présence de tous ses enfants et de sa famille, accablés à la perspective de ne plus jamais trouver un homme de sa trempe.
C’est le prédicateur de la ville, le faqîh ad-Dûlaʿî, qui procéda à son lavage rituel. Pour ce qui est du linceul et des frais de la mise en bière, le juge al-Fâḍil s’en chargea grâce à ses propres deniers licites. Les enfants du défunt, grands et petits, étaient en pleurs, l’appelant avec douleur, tandis que la population se joignait aux lamentations, aux sanglots et aux prières pour lui.
Ensuite, après la prière de midi, on sortit son corps dans un cercueil, et le juge Ibn az-Zakî dirigea la prière funéraire. Il fut alors enterré dans sa demeure de la citadelle victorieuse. Son fils entreprit de construire pour lui un mausolée et une école shafiʿite près de la mosquée du Qadam, comme il l’avait recommandé de longue date. Toutefois, la construction ne fut ni achevée ni menée à terme, car son fils al-ʿAzîz arriva à ce moment-là, alors qu’il assiégeait son frère al-Afḍal, comme on l’expliquera plus loin, en l’an cinq cent quatre-vingt-dix.
Par la suite, al-Afḍal lui acheta une demeure au nord d’al-Kalâssa, au prix correspondant à l’agrandissement effectué par le juge al-Fâḍil dans ce même quartier, et en fit un mausolée. Puisse la miséricorde déferler sur ce lieu et la bienveillance divine y affluer. Son corps y fut transféré le jour de ʿÂshûrâʾ de l’an cinq cent quatre-vingt-douze.