Pendant le voyage vint à son service Bîmend (1), prince (2) d’Antioche. Il l’honora, lui fit bon accueil, lui donna de grandes sommes d’argent et de somptueux présents (3). L’‘Imâd al-Kâtib l’accompagnait, et celui-ci rendit compte de ses haltes, étape par étape, jusqu’à dire :
« Le lundi, il traversa ‘Ayn al-Ḥurr (5) pour atteindre Marj Yabûs (6) et la misère s’en trouva dissipée. Là, de nombreux notables et éminents personnages de Damas, parmi les plus vertueux, se présentèrent à lui (7). Nous fîmes halte (8) le mardi à al-‘Arrâda, [et ceux qui vinrent à sa rencontre lui offrirent présents et dons] (9) comme il est de coutume. Le mercredi matin (c’est-à-dire le seizième jour de Shawwâl), nous entrâmes dans le “jardin” (10) de Damas en toute quiétude, bien que notre séjour ne fût pas éternel. Le sultan était absent de la ville depuis quatre ans : Damas sortit donc ses trésors, et mit en avant ses femmes, ses enfants et ses hommes. Ce fut un jour de liesse, la plupart des habitants sortirent, une immense foule se pressa en pleine matinée, et l’on manifesta joie et réjouissance.
Il retrouva ses enfants (11), petits et grands ; il reçut des ambassadeurs de divers royaumes, et passa le reste de l’année à chasser et à siéger à la Dâr al-‘Adl, pour statuer sur les affaires et œuvrer dans la bienfaisance et la vertu.
Quand arriva la fête de l’Aïd al-Adhâ, l’un des poètes l’encensa dans une qasida, disant (12) :
[Du mètre al-khafîf]
« Je le jure par elle : ne fût-ce la coquetterie de ses yeux,
je n’aurais jamais écrit un seul vers galant.
Et certes, les louanges du roi an-Nâṣir (13)
eussent mérité en premier lieu que j’y exerce ma réflexion.
Un roi qui a rempli les contrées de justice (14),
comme il a comblé la création de bienfaits (15). »