Sif ad-Dîn al-Mashṭūb se porta volontaire pour répondre, en disant : « Ô notre maître, nous sommes tes mamelouks et tes serviteurs. C’est toi qui nous as tout donnés, qui nous as élevés et honorés, et nous n’avons rien d’autre que nos cous ; nous sommes devant toi. Par Dieu, nul parmi nous ne renoncera à te défendre jusqu’à la mort. » Tous les présents répétèrent ses paroles, ce qui réjouit le sultan ; son cœur s’en trouva apaisé, il leur offrit un banquet somptueux, puis ils se retirèrent.
Par la suite, le sultan apprit que certains émirs disaient : « Nous craignons que cette ville ne subisse le même sort qu’Acre, et qu’ensuite ils s’emparent des terres de l’islam, une à une. Il serait préférable de les affronter hors de la ville : si nous les vainquons, nous prendrons le reste de leurs terres ; si l’inverse se produit, l’armée sera sauvée et se retirera sans dommage. Ils prendront alors Jérusalem, et nous garderons le reste des contrées de l’islam, même privées de Jérusalem, pour longtemps. » Ils envoyèrent ensuite un message au sultan : « Si tu veux que nous restions à Jérusalem sous le siège de l’ennemi, alors reste avec nous, ou bien dépêche l’un des tiens, afin que l’armée soit sous son commandement, car les Kurdes n’obéissent pas aux Turcs et les Turcs n’obéissent pas aux Kurdes. »
Lorsque cela parvint au sultan, il en fut profondément affligé, et passa toute la nuit dans l’angoisse et la tristesse, repensant à leurs paroles. Puis la situation finit par s’éclaircir, et il fut décidé que le roi al-Amjad, maître de Baalbek, demeurerait parmi eux en qualité de représentant du sultan à Jérusalem. C’était un vendredi. Au moment de la prière, quand le muezzin appela pour la prière de midi, il se leva et accomplit deux rak‘as entre les deux appels, se prosterna et implora longuement Dieu le Très-Haut, le suppliant et manifestant son humilité devant Lui dans le secret de sa prière, pour qu’Il écarte cette très grande épreuve.