Les biens, les chameaux, les chevaux et les mulets furent donc rassemblés, et l’on compta au total trois mille chameaux. Les Francs en tirèrent un grand avantage, ce qui affligea énormément le sultan et lui fit craindre de graves conséquences. Les Anglais employèrent des chameliers pour les chameaux, des kharbandiyya pour les mulets et des palefreniers (siyâs) pour les chevaux. Ils avancèrent, le moral très renforcé, et se résolurent à assiéger Jérusalem. Ils envoyèrent alors un message aux rois francs établis sur la côte, les convoquant avec leurs combattants.
Le sultan se prépara et s’équipa : il acheva de fortifier l’enceinte, aménagea les douves, mit en place les machines de guerre et les catapultes, et ordonna de faire disparaître les points d’eau alentour. Dans la nuit du vendredi 19 Jumâdâ al-Âkhira, il convoqua ses émirs, parmi lesquels Abû al-Hayjâ al-Samîn, al-Mashṭûb et l’ensemble des Asadiyya. Il les consulta sur cette situation grave et oppressante. Tous s’exprimèrent, donnant chacun leur avis, et ‘Imâd le scribe suggéra un pacte pour combattre jusqu’à la mort près du Rocher sacré, comme le faisaient autrefois les Compagnons. Ils souscrivirent à cette proposition.
Tout cela se déroula tandis que le sultan, sombre et pensif, gardait le silence. L’assistance se tut également, comme si des oiseaux étaient posés sur leurs têtes. Puis il prit la parole : « Louange à Dieu, prière et salut sur le Messager de Dieu. Sachez que vous êtes aujourd’hui l’armée de l’islam et sa protection. Vous savez que le sang, les biens et les familles des musulmans reposent sur vos épaules et que Dieu vous demandera compte, le Jour de la Résurrection, de leur sauvegarde. Il n’existe personne d’autre que vous, parmi les musulmans, pour affronter cet ennemi et protéger les serviteurs et le pays. Si vous reculez – à Dieu ne plaise – [il ravagera les terres et anéantira les populations], s’emparera des biens, des enfants et des femmes ; la croix sera alors adorée dans les mosquées, on en chassera le Coran et la prière, et vous en porterez la responsabilité, car c’est vous qui vous êtes chargés d’affronter cette menace et de recevoir le trésor public des musulmans pour les défendre et secourir leurs faibles. Les musulmans de toutes les régions comptent sur vous. Paix sur vous. »