Le sultan se trouvait au début de l’affrontement, et il ne lui resta plus avec lui que dix-sept combattants, tandis qu’il demeurait ferme et patient. (1) Les tambours de guerre étaient frappés sans relâche, et les tambours tout autant que les étendards étaient déployés. Puis la troupe se replia, si bien que la victoire échoit aux musulmans, (2) et la contre-offensive frappa les mécréants, louange à Dieu, Seigneur de l’univers.
Par la suite, le sultan avança avec ses armées et s’installa aux abords d’Ascalon. Les conseillers avisés indiquèrent au sultan qu’il valait mieux détruire Ascalon, par crainte que les infidèles ne s’en emparent et n’en fassent un moyen de conquérir Jérusalem, que Dieu la préserve, (3) ou que s’y déroulent des combats semblables à ceux d’Acre, (4) voire pires. Le sultan passa la nuit (5) à réfléchir à cette question et, (6) au matin, Dieu insuffla dans son cœur que la destruction de la ville (7) servirait l’intérêt général. (8) Il déclara alors à ceux qui l’entouraient : « Par Dieu, la mort de tous mes enfants serait plus facile à supporter pour moi que la destruction de la moindre de ses pierres. Cependant, si sa destruction (9) sert l’intérêt des musulmans, alors qu’il en soit ainsi. » Il fit donc appeler ses gouverneurs et leur ordonna de détruire rapidement la ville, avant que l’ennemi vaincu ne l’atteigne (10).
Les gens se mirent aussitôt à la démolir. Ses habitants et ceux qui s’y trouvaient pleurèrent sa beauté, la douceur de son climat, l’abondance de ses récoltes (11) et de ses fruits, son éclat, ses rivières, ses fleurs, (12) la profusion de son marbre et la splendeur de son architecture. (13) Le feu fut allumé dans ses recoins et ses alentours. Ses palais, ses maisons, ses marchés et ses larges espaces furent mis en ruines, et l’on détruisit les provisions qu’il était impossible de transporter ou d’évacuer. La démolition et l’incendie y perdurèrent de Jumâdâ al-Âkhira jusqu’à la fin de Sha‘bân de cette année.
(14) Le sultan quitta les lieux le deuxième jour de Ramadan, laissant la ville aussi plate qu’une terre nivelée, sans aucun repère (15) pour quiconque. Puis il passa par Ramla et en abattit (16) la forteresse, détruisit l’église de Lydda, se rendit à Jérusalem et revint rapidement au camp. Puisse Dieu agréer ses actes.