Les prisonniers furent conduits à leurs familles (1) à Damas. Il envoya (2) la Croix vers Damas en signe d’humiliation. Les Francs dressèrent (3) leurs tentes aux abords de la ville et rassemblèrent trois mille musulmans en un même lieu. Après la prière de l’après-midi, ils les alignèrent et, d’un seul élan, les mirent tous à mort sans en épargner aucun. Que Dieu honore leur séjour et leur accorde les jardins du paradis pour ultime demeure.
Ils ne gardèrent parmi les musulmans qu’un émir ou un personnage de haut rang (4), ou bien quelqu’un qu’ils considéraient utile à leur service, ou encore une femme [ou un enfant, et il advint ce qui advint] (5). Là s’accomplit la parole : « L’affaire à propos de laquelle vous consultiez est désormais jugée » [Yūsuf, 41]. Le sultan (qu’Allâh lui fasse miséricorde) (6) demeura à ‘Akkā (Acre) dans la patience et la garde du front pendant trente-sept mois, et le nombre total de Francs tués s’éleva à cinquante mille.
[Chapitre concernant les événements survenus après la prise d’Acre par les Francs]
Les Francs partirent tous ensemble en direction d’Ascalon, tandis que le sultan et son armée avançaient de concert avec eux, les affrontant étape après étape. Les musulmans les harcelaient et les dépouillaient à chaque lieu. Chaque prisonnier apporté au sultan était aussitôt condamné à mort sur-le-champ (7). De multiples combats (8) opposèrent alors les deux armées. Le roi d’Angleterre (9) demanda à rencontrer le roi al-‘Ādil, frère du sultan, pour solliciter une trêve et la paix [afin que les terres côtières soient rendues à leurs habitants] (10). Al-‘Ādil lui répondit : « Cela ne peut se faire qu’après la mise à mort de chacun de vos cavaliers et fantassins. » Le maudit se mit en colère et s’en alla furieux (11). Par la suite, les Francs se rassemblèrent pour combattre le sultan près de la forêt d’Arsūf (12). [La victoire revint alors aux musulmans, et l’on tua auprès de la forêt d’Arsūf] (13) des milliers sur des milliers de Francs, bien qu’un grand nombre de musulmans périrent également. On rapporte alors que l’armée s’était déjà mise en déroute