« Et ils dirent : “Nous ne voulons pas mettre l’islam tout entier en péril” (1). Le lendemain, il envoya un message aux rois francs pour leur demander la garantie de sécurité pour les habitants de la ville, à la condition de libérer un certain nombre de prisonniers chrétiens qu’il détenait, et d’ajouter, par-dessus cela (2)(3), la sainte Croix (la Croix de la Crucifixion). Mais ils refusèrent, exigeant qu’il libère tous les captifs sous son autorité, qu’il leur restitue (4) toutes les villes côtières qu’il leur avait prises ainsi que Jérusalem. Il s’y opposa (5), et les négociations allèrent bon train sur ce point, tandis que le siège se resserrait de plus en plus autour des remparts de la ville.
De nombreuses brèches furent ouvertes (6), et les musulmans en colmatèrent une grande partie, bloquant les ouvertures de leurs propres poitrines et endurant patiemment. Ils résistèrent vaillamment à l’ennemi, jusqu’à ce que l’issue ultime pour eux (7) soit le martyre (8). Dans leurs dernières heures, ils écrivirent au sultan en ces termes : “Ô notre maître, ne t’incline pas devant ces maudits, qui ont refusé ce que tu leur proposais à notre sujet. Nous avons fait allégeance à Dieu, exalté soit-Il, pour mener le combat jusqu’à ce que nous soyons tués jusqu’au dernier. C’est en Dieu que nous cherchons assistance.”
Puis, à l’heure de midi, le dix-septième jour de Jumâdâ al-Âkhirah de cette année, les habitants découvrirent soudain que les drapeaux des incroyants (9), leurs croix, leurs insignes et leurs feux avaient été érigés sur les remparts de la ville. Les Francs poussèrent alors un cri unanime ; le désastre s’abattit sur les musulmans et la tristesse se fit profonde parmi les croyants. Les plus sages d’entre eux ne purent que répéter : “Certes, nous sommes à Dieu, et c’est à Lui que nous retournons.” Les gens furent saisis de sidération et d’une grande confusion. Dans le camp du sultan, on n’entendait plus que des cris, des lamentations [et des pleurs] (10).
Le marquis – que Dieu le maudisse – était revenu vers eux rapidement, chargé de présents qu’il offrit aux rois. Le même jour, il entra à Acre avec quatre étendards, qu’il érigea dans la ville : l’un sur le minaret, le vendredi, un autre sur la citadelle, un troisième sur la tour des Templiers (11), et le dernier sur la tour du combat, en remplacement des étendards du sultan. Les musulmans qui s’y trouvaient s’étaient réfugiés dans une partie de la cité, prisonniers et cernés, resserrés de toutes parts (12). Les femmes furent faites captives (13).»