La Syrie, les terres d’Égypte et toutes les côtes, ainsi que le butin tiré de la bataille de Hittîn et de Jérusalem (1), en étaient largement pourvus. Le sultan résolut alors d’attaquer l’ennemi (2). Au matin, il sortit avec son armée et constata que les Francs s’étaient rangés derrière leur fossé : leur infanterie avait dressé un rempart autour de leur cavalerie, formant un bloc de fer impénétrable (3). Il renonça à les affronter, sachant que son armée ne le suivrait pas dans son projet, tandis qu’eux le mettaient au défi sur sa bravoure — que Dieu lui fasse miséricorde.
Pendant ce temps, le siège de la ville était devenu extrêmement intense. Des fantassins francs pénétrèrent dans le fossé, attachèrent un engin à la muraille, le remplissant puis y mettant le feu : la muraille s’effondra. Les Francs pénétrèrent alors dans la cité, mais les musulmans les combattirent avec acharnement, tuant six de leurs chefs, ce qui décupla la rancœur des Francs envers eux (5). La nuit tomba, contraignant les deux camps à se séparer.
À l’aube, le chef des musulmans dans la ville, Sif ad-Dîn ‘Alî ibn Ahmad ibn al-Mashtoub (6), se présenta au roi de l’“Ifransîs” et lui demanda la sécurité pour ses hommes en échange de la reddition de la ville. Celui-ci refusa (7) et déclara : « Maintenant que la muraille est tombée, tu viens demander la sécurité ? » L’émir Ibn al-Mashtoub lui répondit alors avec des mots sévères, puis se retira dans la ville dans un état que Dieu seul connaît (8). Quand il rapporta ses propos aux habitants, ceux-ci furent saisis d’une grande crainte (9). Ils envoyèrent un message au sultan pour l’informer de la situation, et ce dernier leur répondit de fuir la ville par la mer dès la nuit suivante, afin qu’il ne reste plus aucun musulman sur place. Cependant, beaucoup d’entre eux retardèrent leur départ en s’affairant à rassembler leurs biens et leurs armes (10) et ne purent partir (11) cette nuit-là.
Le lendemain matin, l’information parvint aux Francs par l’intermédiaire de deux jeunes mamelouks qui avaient entendu les ordres du sultan. Ils s’enfuirent chez leurs coreligionnaires et leur révélèrent le plan (12), ce qui incita les Francs à surveiller la mer de très près. Ainsi, personne parmi les habitants ne put bouger ni sortir aucun bien de la ville. [Ces deux mamelouks étaient auparavant prisonniers, capturés par le sultan et issus des enfants des Francs.]
(13) Le sultan avait également résolu de surprendre l’ennemi durant cette nuit, mais l’armée ne donna pas son accord pour le suivre dans cette entreprise.