À Dieu nous appartenons et à Lui nous revenons. Mais Dieu — Exalté soit-Il — a compensé ce malheur lorsque, en ce jour, les musulmans mirent le feu à la machine de guerre des Francs : c’était une tour d’assaut (dabbāba) composée de quatre couches, la première en bois (1), la deuxième en plomb, la troisième en fer et la quatrième en cuivre. Elle surplombait la muraille et s’y trouvaient des combattants. Les habitants de la ville en furent si troublés qu’à cause de la crainte qu’elle leur inspirait, ils envisagèrent de demander la protection aux Francs et de remettre la cité entre leurs mains. Dieu accorda alors Son secours aux musulmans et leur permit de l’incendier. Il se trouve que cela se produisit le même jour où le navire (batṣa) mentionné précédemment sombra.
Ensuite, les habitants de la ville envoyèrent un message au sultan pour se plaindre de la rigueur et de l’intensité du siège, depuis que le roi d’Angleterre (que Dieu le maudisse) était intervenu. Or, ce dernier tomba malade et le roi des Francs (le roi de France) fut aussi blessé, mais cet état de choses ne fit qu’accroître leur détermination, leur obstination et leur arrogance. Le marquis les quitta et se rendit dans sa ville de Tyr, craignant qu’ils ne lui retirent la souveraineté de la cité.
Le roi d’Angleterre envoya un message au sultan Saladin, l’informant qu’il détenait des oiseaux de proie rapportés de la mer et qu’il souhaitait les lui expédier. Toutefois, ils étaient affaiblis et il réclamait des poulets et d’autres oiseaux afin de les revigorer (9). On comprit alors qu’il cherchait en réalité ces vivres pour lui-même, sous couvert de politesse (10). Malgré tout, le sultan lui en fit parvenir, avec générosité, grandeur d’âme et respect (12). Puis, il envoya de nouveau demander des fruits et de la glace, et le sultan répondit encore à sa requête. Mais cette bienveillance ne servit à rien : dès qu’il recouvra la santé, il reprit ses offensives avec davantage d’acharnement et le siège s’intensifia jour et nuit (13).
Lorsque les habitants de la ville virent cela, ils envoyèrent dire au sultan : « Si vous ne faites rien pour nous demain, nous solliciterons des Francs la paix et la protection. » Cette nouvelle bouleversa le sultan (15), d’autant qu’il leur avait expédié (16) des armes