On la conduisit (1) à son campement sur un cheval honoré, qu’Allah lui fasse miséricorde (2) [et qu’Il arrose sa sépulture de Sa miséricorde] (3).
Chapitre sur la manière dont l’ennemi (4) [qui fut délaissé] s’empara de la ville d’Acre des mains du sultan par la force (5). Lorsque vint le mois de Jumâdâ al-awwal, le siège imposé par les Francs – qu’Allah les maudisse – à la cité d’Acre s’intensifia. Ils s’étaient ligués contre elle de toutes parts et le roi d’Angleterre arriva avec une troupe nombreuse, en grande quantité, à bord de vingt-cinq navires chargés de combattants. Les défenseurs de ce rivage furent alors frappés par un fléau incomparable à tout ce qu’ils avaient déjà subi.
À ce moment-là, les cors (kûsât) furent agités dans la ville, servant de signe entre les assiégés et le sultan. Le sultan agit alors de même pour signaler sa présence et se rapprocha de la cité afin de détourner l’attention des Francs, qui l’encerclaient de toutes parts. Ils y avaient érigé sept mangonneaux, qui lançaient leurs projectiles nuit et jour – en particulier sur la tour de ‘Ayn al-Baqar – jusqu’à ce que celle-ci en porte les marques de façon évidente. Ils entreprirent de combler le fossé avec tout ce qu’ils purent trouver, bêtes mortes ou dépouilles de leurs combattants tués ou morts, tandis que les assiégés transportaient ce qui avait été déversé dans le fossé jusqu’à la mer.
Le roi d’Angleterre (12) s’empara d’une grande nef musulmane en provenance de Beyrouth, chargée de biens et d’armes, qui fut capturée. Il stationnait en effet dans la mer avec quarante navires pour interdire tout ravitaillement à la ville – qu’Allah le maudisse. À bord de la nef se trouvaient six cents vaillants guerriers, et ils périrent jusqu’au dernier (14). Encerclés de tous côtés et sachant qu’ils finiraient noyés ou tués, ils éventrèrent la nef de toute part et la firent couler, si bien que les Francs ne purent s’emparer d’aucune provision ni d’aucune arme. Ce désastre suscita une profonde tristesse parmi les musulmans, car