Au douzième jour de Rabiʿ al-awwal (1), le roi des Francs, roi de France, Felisb (2), arriva sur six navires qualifiés de « maudits » et chargés d’adorateurs de la croix. Lorsqu’il parvint jusqu’à eux et se présenta devant eux, plus aucun de leurs autres rois ne conserva la moindre autorité, en raison de l’importance qu’ils lui accordaient. Il apporta avec lui un grand faucon blanc, appelé le faucon cendré, un oiseau imposant. (3) Il s’envola alors de sa main et se posa sur le rempart d’Acre. Les habitants le capturèrent et l’envoyèrent au sultan Ṣalāḥ al-Dīn. Les Francs offrirent mille dinars pour le récupérer, mais leurs demandes ne furent pas acceptées.
Par la suite, Kandfrir (4) arriva également, étant lui-même l’un de leurs plus grands dirigeants. Les vaisseaux du roi d’Angleterre (5) parvinrent aussi, mais celui-ci, retenu par la conquête de l’île de Chypre et sa prise au dépens de son détenteur, n’était pas du voyage (6). En même temps, les souverains musulmans (7) vinrent de leurs contrées au début du printemps, pour se mettre au service du sultan an-Nāṣir Ṣalāḥ al-Dīn – qu’Allāh le soutienne (8).
Al-ʿImād (9) rapporta qu’il existait parmi les musulmans des voleurs qui s’introduisaient dans les tentes des Francs pour y commettre leurs larcins, allant jusqu’à enlever des hommes. Il arriva qu’un voleur emporta un nourrisson de trois mois depuis son berceau. Sa mère, folle de douleur, s’en plaignit auprès de leurs rois. Ceux-ci lui dirent : « Le sultan des musulmans est miséricordieux de cœur. Nous t’autorisons à te rendre auprès de lui pour lui exposer ta requête. » Al-ʿImād poursuit : elle vint donc jusqu’au sultan, alors que je me tenais debout à ses côtés, et se mit à pleurer à chaudes larmes en se frottant le visage contre le sol. Lorsqu’il l’interrogea sur son affaire, elle lui expliqua sa situation. Il en fut profondément ému et les larmes lui montèrent aux yeux (10). Aussitôt, il ordonna que l’on retrouve son enfant, lequel avait été vendu au marché. Le sultan disposa qu’on en rembourse le prix à l’acheteur et demeura sur place jusqu’à ce qu’on lui amène le garçon. La mère le prit alors dans ses bras et l’allaita un moment, tout en pleurant de joie et de nostalgie à son égard. Puis il ordonna