[Chapitre]
Lorsque l’hiver arriva et que les navires des Francs (1) s’éloignèrent de la ville, redoutant la perdition en raison de la fureur (2) de la mer, ceux des musulmans qui s’y trouvaient demandèrent au sultan de les délivrer de l’intense siège et des combats (3) qu’ils subissaient jour et nuit, matin et soir, en secret et au grand jour, et de dépêcher de nouveaux soldats en remplacement. Le sultan fut sensible à leur situation et le résolut ainsi. Ils étaient près de vingt mille musulmans, entre émirs et subordonnés. Il équipa donc une autre armée pour les remplacer.
Ils dirent (4) que ce n’était pas (5) un bon conseil, bien que l’intention du sultan fût louable : l’idée étant que ces nouveaux arrivants, ayant l’enthousiasme (6) renouvelé, posséderaient une détermination ferme et, de ce fait, bénéficieraient d’une relative fraîcheur par rapport (7) à ceux déjà présents. Cependant, [ceux qui se trouvaient dans la ville et l’avaient quittée] (8) avaient l’expérience du lieu ainsi que du combat, [une grande endurance, et s’étaient exercés à la résistance, aussi bien par voie terrestre que maritime]. On prépara pour ces remplaçants sept (9) grands navires (battas) partis d’Égypte avec (10) suffisamment de vivres (11) pour nourrir la ville durant une année entière.
Or, par le décret de Dieu le Très-Haut (12) — à Lui appartient l’ordre, avant et après —, alors que ces navires étaient au milieu de la mer et près du port, un vent violent (13) se leva contre eux et (14) les retourna. Les embarcations furent ballottées et heurtées les unes contre les autres, se brisèrent et coulèrent, entraînant avec elles toutes les provisions et causant la mort des marins. Cette catastrophe porta un coup sévère aux musulmans, aggravant grandement la situation. La maladie du sultan s’intensifia et s'ajouta à son mal initial, [qu’Allah le guérisse] (15). Ce fut par ailleurs [une aide pour l’ennemi condamné] (16) à s’emparer de la ville. Il n’y a de force que par