Salah ad-Din – Dieu, à Lui la louange, lui accorda la victoire sur l’ennemi – et l’ensemble des armées avancèrent vers lui. Ils tuèrent un grand nombre de mécréants, une multitude innombrable. Un jour, les Francs attaquèrent subitement le camp du sultan et pillèrent de nombreux biens. Alors, le roi al-ʿAdil Abū Bakr – qui commandait l’aile droite – se mit en marche avec ses compagnons. Il laissa les Francs s’enfoncer entre les tentes, puis les chargea avec des lances et des sabres. Ils s’enfuirent devant lui, et il ne cessa d’en tuer groupe après groupe, détachement après détachement, jusqu’à ce qu’il recouvre la surface du sol de leurs cadavres, plus éclatants que des jardins en fleurs et plus attrayants aux âmes que les beautés les plus délicates.
On évalua alors le nombre de leurs morts : la plus faible estimation fut de cinq mille ; quant à l’auteur al-ʿImād et d’autres, ils affirmèrent que de midi à l’après-midi, il en fut tué dix mille, et louange à Dieu. Pendant ce temps, l’extrémité de l’aile gauche ne s’aperçut pas de ce qui se passait : ceux qui s’y trouvaient dormaient à l’heure de la sieste dans leurs tentes, et beaucoup d’entre eux ne comprirent pas ce qui se déroulait. Les poursuivants, qui défirent l’ennemi, étaient moins d’un millier. Du côté des musulmans, seuls dix hommes tombèrent, voire moins. C’est là une immense faveur et une grande victoire, car cette bataille affaiblit considérablement l’armée franque et la rendit vacillante, au point qu’elle était sur le point de demander la paix et de quitter la ville.
Mais un important renfort leur arriva par la mer, accompagné d’un roi appelé Kandaharī – que Dieu le maudisse –, avec de grandes richesses qu’il dépensa pour eux. Il les pressa vivement et leur ordonna de sortir pour affronter le sultan Salah ad-Din à ses côtés, installant son camp devant Acre.