Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Au milieu du mois de Rabiʿ al-Awwal, le sultan reçut la forteresse de Shaqif Arnoun sous garantie de sécurité. Le maître de la place fut capturé dans l’humiliation et la honte. C’était l’un des Francs les plus rusés et les mieux informés sur l’histoire des peuples. Il lui arrivait de lire dans les recueils de hadith et les ouvrages d’exégèse du Coran, tout en restant dur de peau, au cœur impitoyable et de nature mécréante.

Lorsque l’hiver fut achevé et que le printemps s’annonça, les rois de l’islam vinrent de leurs contrées à la tête de leurs armées, composées de combattants courageux, d’hommes valeureux et de puissants cavaliers. Le calife envoya au roi Ṣalāḥ al-Dīn des cargaisons de naphte (pétrole incendiable) et de lances fines (dite « al-khaṭṭiyya »), ainsi que des spécialistes de l’emploi du naphte (naffāṭīn) et des experts en sape et en démolition, tous remarquablement compétents dans leurs domaines. Il joignit à cet envoi un décret et vingt mille dinars. Dans le même temps, la mer s’ouvrit à la navigation, et les navires des Francs et des chrétiens affluèrent depuis chaque île afin de soutenir leurs semblables et de leur fournir des renforts et des vivres.

Les Francs fabriquèrent alors trois tours en bois et en fer, recouvertes de peaux trempées dans du vinaigre pour les protéger du naphte. Chacune pouvait contenir cinq cents combattants. Elles dépassaient en hauteur les tours de la ville et étaient montées sur roues pour être dirigées à volonté. Sur chacune d’elles se dressait un grand mangonneau. Cette mise en place inquiéta grandement les musulmans, qui en éprouvèrent une colère profonde et craignirent pour la ville ainsi que pour ses habitants musulmans d’être capturés. Ils en furent fortement gênés, si bien que le sultan se mit en devoir de les incendier et de les détruire.

Il convoqua donc les spécialistes de la projection de naphte et leur promit d’importantes sommes d’argent s’ils parvenaient à brûler ces tours. Un jeune chaudronnier de Damas, connu sous le nom de ʿAlī ibn ʿArīf an-Naḥḥāsīn, se porta volontaire pour cette mission et s’engagea à les détruire. Il prit du naphte blanc et le mélangea à des substances qu’il connaissait, puis fit bouillir le tout dans trois marmites en cuivre jusqu’à ce que le mélange devienne un feu ardent. Depuis l’intérieur dʾAcre, il lança chacun de ces chaudrons au moyen d’un mangonneau sur les tours, et, par la permission de Dieu – Exalté soit-Il –, les trois tours s’embrasèrent entièrement

(1) B : l'autre. (2) A, B : Arion, T : Arboun. Tout cela est une erreur de lecture. Shaqif Arnoun : une forteresse très solide dans une grotte de la montagne près de Banias, sur la terre de Damas, entre elle et la côte (Muʿjam al-Buldān). J'ajoute : dans le sud du Liban aujourd'hui, se trouve le château de Shaqif, situé au sud de Nabatiyé, près des frontières libano-palestiniennes ; il pourrait s'agir de celui-ci. (3) A : « mécréant de cœur, que Dieu le déteste », B : « que Dieu le maudisse ». (4) T : « avec ses chevaux ». (5) A, B : « et ses hommes ». (6) B : « alors il envoya ». (7) N'existe pas dans T. (8) A, B : « et un dosage précis de ces préparations d'une maîtrise parfaite ». (9) Extrait uniquement de T. (10) T : « afin de secourir leurs compagnons, ils les assistent ». (11) T : « lorsque les musulmans virent cela, ils furent préoccupés et craignirent pour la cité ». (12) T : « en la brûlant ». (13) T : « et amena ». (14) A, B : « et y mêla des médicaments qu'il connaissait, et fit bouillir cela dans trois chaudrons ».
وفي نصف ربيع الأول (١) تسلَّم السلطان شقيف أرنون (٢) بالأمان، وكان صاحبه مأسورًا في الذل والهَوان، وكان من أدهى الفرنج وأخبرهم بأيام الناس، وربما قرأ في كتب الحديث وتفسير القرآن، وكان مع هذا غليظ الجلد، [قاسي القلب، كافر النفس] (٣) . ولما انفصل فصل الشتاء وأقبل الربيع، جاءت ملوك الإسلام من بلدانها بجيوشها (٤) وشجعانها، ورجالها (٥) وفرسانها، وأرسل (٦) الخليفة إِلى الملك صلاح الدين أحمالًا من النفط والرماح الخطية (٧) ، ونفَّاطة ونقّابين، كل منهم متقن في صنعته غاية الإتقان (٨) ، ومرسومًا بعشرين ألف دينار، وانفتح البحر وتواترت مراكب (٩) الفرنج والنصارى، من كل جزيرة، ينصرون أصحابهم ويمدونهم (١٠) بالقوة والمِيرَة، وعملت الفرنج ثلاثة أبرجة من خشب وحديد، عليها جلود مسقاة بالخل لئلا يعمل فيها النفط، يسع البرج منها خمسمئة مقاتل، وهي أعلى من أبرجة البلد، وهي مركبة على عجل بحيث يديرونها كيف شاؤوا، وعلى ظهر كل منها منجنيق كبير، [فأهمَّ أمرُها المسلمين، وكانوا عليها حنقين وخافوا على البلد] (١١) ومن فيه من المسلمين أن يؤخذوا، وحصل لهم ضيق منها، فأعمل السلطان فكره في إِحراقها (١٢) وإِهلاكها، فاستحضر (١٣) النفّاطين ووعدهم بالأموال الجزيلة إِن هم أحرقوها، فانتدب لذلك شاب نحّاس من دمشق يعرف بعلي ابن عريف النحاسين، والتزم بإِحراقها وإِهلاكها، فأخذ النفط الأبيض وخلطه بأدوية (١٤) عرفها، وغلا ذلك في ثلاثة قدور من نحاس حتى صار نارًا تأجج، ورمى كل برج منها بقدر من تلك القدور بالمنجنيق من داخل عكا، فاحترقت الأبرجة الثلاثة بإِذن الله – Exalté soit-Il – حتى
(١) ب: الآخر. (٢) أ، ب: أريون، ط: أربون. وكل ذلك تصحيف. وشقيف أَرْنُون: قلعة حصينة جدًا في كهف من الجبل قرب بانياس من أرض دمشق بينها وبين الساحل (معجم البلدان). قلت: وفي جنوب لبنان- اليوم- قلعة شقيف، وتقع جنوب النبطية، قرب الحدود اللبنانية الفلسطينية، فلعلها هي. (٣) أ: كافر القلب قبحه اللّه تعالى، ب: لعنه الله. (٤) ط: بخيولها. (٥) أ، ب: ورجالتها. (٦) ب: فأرسل. (٧) ليس في ط. (٨) أ، ب: ونفاطة متقنين لهذه الصناعة غاية الإتقان. (٩) عن ط وحدها. (١٠) ط: لأجل نصرة أصحابهم يمدونهم. (١١) ط: فلما رأى المسلمون ذلك أهمهم أمرها وخافوا على البلد. (١٢) ط: بإِحراقها. (١٣) ط: وأحضر. (١٤) أ، ب: وخلط إِليه أدوية يعرفها وغلى ذلك في ثلاثة قدور.

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