« Hassana (1) : Avec cette intention, lorsqu’ils constataient cela, ils demeuraient fermes dans la guerre et l’exil, à tel point que nombre de pécheurs parmi les musulmans se rallièrent à eux à cause de ces femmes. La nouvelle gagna ensuite en notoriété (2) et se répandit parmi les musulmans et les Francs que le roi des Allemands avançait [avec près de trois cents] (3) mille combattants depuis la direction de Constantinople, dans le but de s’emparer du Cham, d’en tuer les habitants et les souverains, afin de secourir Jérusalem. Les musulmans ressentirent alors une grande inquiétude et craignirent [les conséquences de tout cela] (4), alors même qu’ils étaient déjà engagés dans de très lourdes occupations et subissaient un siège accablant. Les Francs, au contraire, puisaient un regain de courage à cette nouvelle et intensifièrent le siège et le combat. Toutefois, la grâce de Dieu fut en faveur des musulmans : la plupart des Allemands périrent (5) en route, à cause du froid, de la faim et parce qu’ils s’égarèrent dans des lieux périlleux, comme on le racontera et détaillera, si Dieu le veut.
La cause de cette mobilisation des chrétiens [cette grande mobilisation (6)] fut, d’après ce qu’Ibn al-Athîr rapporte dans son « Kamil » (7), que plusieurs moines et prêtres qui se trouvaient à Jérusalem et dans d’autres lieux embarquèrent depuis la cité de Tyr sur quatre navires. Ils parcoururent alors les contrées côtières et incitèrent tous ceux qui étaient en mesure de traverser la mer depuis l’autre rive, exhortant ainsi les Francs à se lever pour défendre Jérusalem. Ils leur racontaient ce qu’avaient enduré les gens de Jérusalem et des régions côtières : meurtres, captures et destruction de leurs foyers. De plus, ils avaient peint un portrait du Christ […] (8) et l’image d’un homme arabe le frappant et le blessant. Quand on leur demandait qui était cet homme qui frappait Jésus, ils répondaient : « C’est le Prophète des Arabes qui l’agresse, l’a blessé et l’a tué. » À cette annonce, leurs auditeurs s’indignaient, s’enflammaient, pleuraient et s’affligeaient. C’est ainsi qu’ils quittèrent leurs pays pour secourir leur religion, leur prophète et leur lieu de pèlerinage, en bravant tous les obstacles ; même les femmes protégées de leurs demeures, les débauchées, les prostituées et les enfants considérés par leurs familles comme les plus précieuses ressources et les êtres les plus préservés, partirent avec eux.