Dans les dix derniers jours de Shaʿbân, trente mille fantassins se présentèrent. Le sultan sortit alors à leur rencontre avec les nobles courageux qui l’accompagnaient, et ils livrèrent un grand combat à la plaine d’Acre. Au début de la matinée, un groupe de musulmans fut mis en déroute, puis la riposte (1) contre les Francs s’opéra plus tard dans la journée, et l’issue revint aux pieux. Près de deux cents musulmans furent tués, tandis que, chez les Francs (2), on dénombra plus de sept mille morts (3).
(4) Une fois cette bataille achevée, le sultan quitta son emplacement initial pour un lieu de détente (5), éloigné de l’odeur des cadavres, de crainte de la contamination et du mal, afin que les cavaliers (6) et les chevaux puissent se reposer. Il ignorait que cela servirait de grand avantage à l’ennemi (7), promis à l’échec, car ces derniers profitèrent de l’occasion (8) pour creuser autour de leur camp un fossé (9) [encerclant toute leur armée d’une mer à l’autre]. Ils élevèrent un rempart avec la terre extraite, lui ménagèrent des portes pour en sortir à volonté, et consolidèrent ainsi leur position dans l’endroit qu’ils avaient choisi et aménagé.
(10) La situation [pour les musulmans] devint alors critique, la gravité des événements s’accrut, le mal s’intensifia et l’état des choses empira encore, [épreuve et test de la part de Dieu] (11). Le sultan estimait qu’il fallait engager rapidement un nouvel assaut après la riposte, et ne pas laisser aux Francs le temps d’attendre que le vent (12) de la mer devienne favorable pour leur apporter des renforts de toute part [avec rapidité]. (13) Les émirs s’excusèrent auprès de lui, invoquant la lassitude et l’ennui; chacun d’eux sous-estimait la menace des Francs sans connaître ce que le destin avait arrêté.
Le sultan envoya donc des missives à l’ensemble des rois pour leur demander de se mobiliser et de lui porter secours, et il écrivit au calife pour hâter son intervention (14), diffusant toutes sortes de lettres d’encouragement et d’incitation. Des renforts lui parvinrent ainsi en groupes et individuellement (15). Il s’adressa à l’Égypte pour appeler son frère al-ʿÂdil [qui vint le rejoindre] (16), et il se hâta de demander l’envoi de la flotte, laquelle arriva jusqu’à lui en cinquante (17) vaisseaux, sous la conduite de l’émir Ḥusâm.