Il offrit à son frère la forteresse de Karak en échange d’Ascalon, et lui ordonna de s’en aller pour être un soutien à son fils al-‘Azîz face aux aléas du temps. Le sultan revint alors et s’établit dans la ville d’Acre jusqu’à la fin de cette année.
[Dans cette même année]
(1)
Une faction de Râfidites (shiites extrémistes) surgit en Égypte, désireuse de rétablir la dynastie fatimide. Ils profitèrent de l’absence d’al-‘Âdil hors d’Égypte et jugèrent insignifiante l’autorité d’al-‘Azîz ‘Uthmân ibn Ṣalâḥ ad-Dîn. Ils dépêchèrent donc douze hommes pour proclamer, de nuit : « Ô gens de ‘Alî » [« Ô pour ‘Alî », (3)] en pariant sur le soutien de la population à leur projet. Cependant, personne ne leur prêta attention et pas un seul habitant ne les suivit (4). Lorsqu’ils constatèrent leur échec, ils prirent la fuite, mais on les rattrapa ; ils furent arrêtés, enchaînés et jetés en prison.
Lorsque la nouvelle de ces événements parvint au sultan Ṣalâḥ ad-Dîn, il en fut peiné et préoccupé. Al-Qâḍî al-Fâḍil se trouvait encore auprès de lui en ce moment et ne l’avait pas quitté. Il lui déclara : « Ô roi, vous devriez vous réjouir plutôt que vous affliger, puisque nul parmi vos sujets n’a prêté l’oreille à l’appel de ces ignorants ni ne leur a porté d’intérêt. Si vous aviez envoyé de votre côté des espions enquêter sur vos administrés (5), vous auriez été satisfait de ce qu’ils vous auraient rapporté (6). » Les soucis du sultan s’apaisèrent alors, et il se rallia à ses propos. C’est pourquoi il envoya al-Qâḍî al-Fâḍil en Égypte, afin qu’il fût pour lui un œil vigilant, un soutien et un auxiliaire.
[Parmi ceux qui moururent cette année (7)] :
L’éminent émir, issu d’une lignée de rois et de sultans, [dans la forteresse de Shayzar (8)] : Mu’ayyid ad-Dawla Abû al-Ḥârith et Abû al-Muẓaffar Usâma ibn Murshed ibn ‘Alî ibn Muqallad ibn Naṣr ibn Munqiḏ (9). Il était l’un des poètes renommés et l’un des émirs louables. Il atteignit l’âge de quatre-vingt-seize ans, et sa longue existence tenait lieu, à elle seule, de chronique autonome. Sa demeure à Damas, [où se trouve aujourd’hui le quartier al-‘Azîziyya (10)], était un refuge pour les gens de savoir et une résidence pour les savants. Il composa de nombreux poèmes raffinés et possédait des idées d’une grande finesse. Il avait (11) une érudition abondante, ainsi que la générosité et la distinction qui l’accompagnaient.