Les musulmans indiens sauvèrent leur roi et le transportèrent (1) sur leurs épaules dans une litière sur une distance de vingt farsakhs, alors même qu’il perdait beaucoup de sang. Lorsque son armée revint vers lui, il se mit à réprimander les émirs et jura que chacun d’eux mangerait la provende d’un cheval (2), et qu’il ne les laissa entrer à Ghazna qu’en marchant pieds nus.
[Au cours de cette même année]
(3) Une femme des campagnes de Bagdad donna naissance à une fille pourvue de dents. Durant cette année également, le calife an-Nasir fit exécuter le maître de sa maison, Abou al-Fadl ibn as-Sahib (4), qui s’était accaparé le pouvoir au point que nul décret du calife n’était plus écouté. Pourtant, il était intègre financièrement et jouissait d’une bonne réputation (5). Le calife lui confisqua (6) une grande quantité de biens et de ressources.
Durant cette même période, le calife nomma comme vizir Abou al-Muzaffar ‘Abdallah ibn Younous (7), qu’il honora du titre de Jalal ad-Din. Tous les dignitaires de l’État l’accompagnèrent en cortège, jusqu’au cadi al-qudat (grand juge) Abou al-Hasan ibn ad-Damghani, pour qui Ibn Younous avait été témoin. Tandis qu’il marchait à ses côtés, on rapporte que le cadi disait (8) : « Qu’Allah maudisse la longévité ! » Celui-ci mourut à la fin de cette année, qu’Allah lui fasse miséricorde. Il avait exercé son magistère sous plusieurs califes et provenait d’une grande famille.
Parmi les notables décédés cette année-là – c’est-à-dire en l’an cinq cent quatre-vingt-trois [de l’hégire] – on compte le cheikh ‘Abd al-Maghith ibn Zouhayr al-Harbi (9), l’un des pieux hanbalites, vénéré et visité. Il avait rédigé un ouvrage à la louange de Yazid ibn Mou‘awiya, dans lequel il avançait des choses surprenantes et singulières (10). Abou al-Faraj ibn al-Jawzi lui répondit dans son propre livre, et il le réfuta avec sagacité et justesse, ce qui figura parmi ses meilleures répliques.