Le sultan assiégea la place avec son armée pendant un certain temps. Il fit alors venir (1) la flotte d’Égypte par la mer, de sorte qu’elle l’encercla (2) par terre et par mer. Une nuit, les Francs attaquèrent cinq navires (3) (4) de la flotte musulmane, s’en emparèrent et leur infligèrent de graves pertes (5). Les musulmans se retrouvèrent au matin accablés de tristesse et de regret, d’autant que l’hiver était arrivé, que les provisions se faisaient rares, que les blessures étaient nombreuses et que les émirs étaient épuisés par le siège. Ils demandèrent donc au sultan de les ramener à Damas [en ces circonstances] (6) pour qu’ils puissent s’y reposer, avec l’intention d’y retourner (7) après quelque temps. Le sultan accepta, bien qu’il se fût d’abord opposé (8) à cette requête, [car la muraille de Tyr était en grande partie détruite, et il ne restait qu’à obtenir l’ouverture et la victoire (9)]. Il prit alors la route de Damas et passa par ‘Akka (Acre) sur le chemin, où les troupes se dispersèrent [chacune retournant en sa province et sa région, emportant avec elle un vif désir de retrouver sa famille, sa patrie et l’ardeur du retour] (11).
Pour sa part, une fois arrivé à ‘Akka, le sultan s’installa dans sa citadelle et logea son fils al-Afdal dans la tour des Templiers, confiant sa lieutenance à ‘Izz ad-Dîn Jurdik (12). Quelqu’un lui conseilla de détruire la ville de ‘Akka, craignant le retour imminent des Francs : il faillit le faire, mais s’en abstint, et l’on peut regretter qu’il n’ait pas mené cette action. Au contraire, il confia à Bahā’ ad-Dīn Qaraqūsh at-Taqawī le soin de la restaurer et de lui rendre sa splendeur. Il attribua la demeure des Hospitaliers (13) pour moitié aux juristes et pour moitié aux pauvres, transforma la maison de l’évêque en hôpital (14) et y affecta de riches dotations. Il désigna ensuite son juge (15) Jamāl ad-Dīn Ibn ash-Shaykh Abī an-Nujayb pour en assumer la supervision [et, dans toutes ces décisions, il agit avec sagesse en suivant ses opinions (16)].