Les invocations furent élevées, les bénédictions descendirent, les afflictions se dissipèrent, et les prières furent accomplies. L’appel à la prière retentit, tandis que la cloche se tut et que les muezzins (1) prirent place, alors que les prêtres quittèrent les lieux. [La tristesse et la misère disparurent] (2), les âmes se purifièrent et les cœurs s’apaisèrent. La bonne fortune se présenta, le mauvais sort s’éloigna, et vinrent les dévots, les ascètes, les saints de haut rang, les pôles spirituels et les soutiens. L’Unique fut adoré (3), et se multiplièrent ceux qui s’inclinaient, se prosternaient, se tenaient debout ou assis, qui se vouaient à la dévotion ou poursuivaient le combat spirituel. La mosquée se remplit, les assemblées se rassemblèrent, et des larmes jaillirent sous l’effet de la douceur des cœurs.
Alors les gens s’exclamèrent : « Voici un jour noble, un grand mérite, [et une saison radieuse] (4). C’est un jour où les invocations sont exaucées, où les bénédictions abondent, où les larmes coulent, et où les faux pas sont pardonnés. » [Lorsque les muezzins appelèrent les fidèles à la prière au moment du zénith, (5) les cœurs étaient sur le point de s’envoler de joie (6).]
[Or, jusqu’alors, le sultan n’avait pas encore désigné de prédicateur. Un groupe d’érudits s’était préparé, craignant qu’on ne fasse appel à l’un d’entre eux, qui ne saurait peut-être pas se distinguer] (7). Puis le décret solennel, émis par le sultan Ṣalāḥī depuis la noble Coupole du Rocher, (8) ordonna que le cadi Muḥyī al-Dīn ibn al-Zakī fût ce jour-là le prédicateur des prédicateurs. Il revêtit alors la robe d’honneur noire, gravit le minbar, et Dieu l’enveloppa de magnificence, l’investit de la parole de piété, et lui accorda quiétude, dignité et éclat (9). Il prononça devant l’assemblée un sermon grandiose, conforme à la tradition, à la fois éloquent et profond. Il y rappela la noblesse de la Maison Sainte et les vertus qu’elle recèle, ainsi que les incitations à la dévotion qui y sont liées, les signes et les preuves qu’elle manifeste, et la grâce dont Dieu honora les présents, grâce qui équivaut à de nombreuses bonnes actions.
Le cheikh Shihāb al-Dīn Abū Shāma rapporta ce sermon en entier dans son ouvrage « Al-Rawḍatayn » (10) (11). Quand le cadi (12) prit la parole, il commença par citer : « Ainsi fut anéantie la race de ceux qui étaient injustes. Louange à Dieu, Seigneur de l’univers » [Al-An‘ām, 45], puis il énonça toutes les formules de louange du Coran, avant de poursuivre en ces termes :