Le sultan désigna pour gouverner Naplouse son neveu, (1) Husām al-Dīn ʿUmar ibn Muḥammad ibn Lājīn (2), qui fut justement celui qui la conquit. En l’espace de ce court laps de temps, le sultan parvint à s’emparer d’environ cinquante grandes cités, chacune pourvue de combattants, d’une forteresse et de solides moyens de défense. Louange à Dieu pour cela. L’armée et les musulmans y obtinrent d’importants butins, (et ils firent) un grand nombre de prisonniers, innombrables et indescriptibles. L’Islam et ses fidèles, d’Orient en Occident, se réjouirent de cette grande victoire et de ces vastes conquêtes (3).
Puis le sultan laissa son armée jouir de ces conquêtes et de ces riches dépouilles (4) pendant plusieurs mois, afin qu’ils puissent prendre du repos, regrouper leurs forces et celles de leurs chevaux, et se préparer à la conquête de la noble Bayt al-Maqdis (Jérusalem). Il se répandit alors parmi la population que le sultan avait décidé de s’emparer de Jérusalem (6) ; savants, pieux et volontaires affluèrent de toutes parts. Son frère al-ʿĀdil (7) arriva après la bataille de Ḥiṭṭīn et la prise d’Acre, et il conquit lui-même de nombreuses forteresses (également). Ainsi, nombre de serviteurs de Dieu et de troupes volontaires se rassemblèrent (8). C’est alors que le sultan s’achemina vers Jérusalem (9) avec ceux qui l’accompagnaient, comme il sera expliqué par la suite.
(10) Les poètes célébrèrent le roi Ṣalāḥ al-Dīn après la bataille de Ḥiṭṭīn. Ils en dirent abondamment, beaucoup et avec emphase (11). De son côté, le qāḍī al-Fāḍil lui adressa une lettre depuis Damas, où il se trouvait en raison d’une maladie (12)(13) : « Qu’il soit heureux, notre maître, car Dieu a rétabli par lui la religion droite, et, comme on l’a dit : “Tu es devenu mon seigneur et le seigneur de tout musulman.” Il l’a comblé des deux bienfaits, intérieur et extérieur, et lui a légué deux royaumes : celui de ce bas monde et celui de l’au-delà. »
Le serviteur écrivit : « Nous sommes toujours en train de Le servir, et nos têtes ne se sont pas relevées de leur prosternation ; nos larmes ne se sont pas encore séchées sur nos joues. Et chaque fois que l’on réfléchit… » (14).