Ensuite, on fit venir les rois : on les installa à sa droite et à sa gauche selon leurs rangs. On plaça leur plus grand roi à sa droite, en dessous de lui Arnaud, le seigneur de Kerak (qu’Allah le défigure), et devant eux se trouvaient les autres rois, ainsi que sur sa gauche. Puis on apporta au sultan une boisson fraîche de jullâb (sirop sucré), il en but, puis la tendit au roi qui en but à son tour, avant de la passer à Arnaud, seigneur de Kerak, qui but également. Le sultan se mit alors en colère et dit : « Je t’ai désaltéré, et je ne t’ai pas ordonné de le désaltérer, à lui je ne dois aucune garantie. »
Le sultan se retira ensuite dans une tente à l’intérieur de la première et fit venir Arnaud. Quand on le fit comparaître devant lui, il s’approcha de lui, l’épée en main, et l’invita à embrasser l’islam, mais il refusa. Il lui dit alors : « Oui, je me fais le représentant du Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction soient sur lui) pour faire triompher sa communauté », puis il le tua. Il envoya ensuite sa tête aux rois qui se trouvaient dans la tente en disant : « Cet homme a osé insulter le Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction soient sur lui), je l’ai donc tué. »
Après cela, le sultan exécuta tous les prisonniers templiers et hospitaliers, débarrassant ainsi les musulmans de ces deux ordres impurs, louange à Allah. Parmi eux, seuls quelques-uns acceptèrent de se convertir à l’islam. Selon certains récits, le nombre de tués s’éleva à trente mille, et il y eut autant de prisonniers. Au total, l’armée des Francs comptait soixante-trois mille hommes. Ceux qui parvinrent à s’échapper, fort peu nombreux, étaient pour la plupart blessés et moururent chez eux après leur retour. Parmi eux se trouvait le comte de Tripoli : en fuite et blessé, il succomba dans son pays après son retour — qu’Allah le maudisse.
Ensuite, on expédia les chefs des captifs et les têtes des notables qui avaient été tués, ainsi que le « Vrai Bois » de la Croix, en compagnie du cadi Ibn Abî