On rapporte qu’il s’agissait de soixante-trois mille (1). Le comte (القومص) de Tripoli (2) les avait en effet mis en garde contre la puissance des musulmans. Mais le prince Arnat, seigneur de Kerak, s’y opposa et lui rétorqua : « Il ne fait aucun doute que tu aimes les musulmans et que tu nous effraies par leur grand nombre ; or le feu ne craint pas la quantité de bois. » Le comte reprit alors : « Je ne suis qu’un des vôtres » (3) et ajouta : « Vous verrez bien les conséquences de ce que je vous dis. » Ils se dirigèrent donc [vers les musulmans] (5).
Le sultan arriva et prit Tibériade, où il trouva des vivres, des biens et bien d’autres ressources, ce qui le renforça. La citadelle s’était fortifiée contre lui (6), mais il ne s’en préoccupa pas (7). Il s’empara du lac et empêcha les mécréants d’y puiser la moindre eau (8) ou d’y trouver la moindre source ; ils avançaient alors dans une soif que Dieu seul connaît – Exalté soit-Il – (9).
Le sultan sortit à leur rencontre sur le plateau de la montagne occidentale de Tibériade, près d’un village nommé Hittîn (حطّين) (4), où l’on dit que se trouve la tombe du prophète Shu‘ayb (شعيب) (– paix sur lui –). L’ennemi, voué à l’échec, arriva : il y avait parmi eux le seigneur d’Acre, celui de Kafrkanna (كفر كنّا), celui de Nazareth, celui de Tyr, ainsi que l’ensemble de leurs rois (10). Les deux armées se firent face (11) et les deux camps s’affrontèrent. Le visage de la foi resplendit, tandis que celui de l’incroyance et de la ruine s’assombrit, s’obscurcit et se recouvrit de poussière (12). Le mauvais sort frappa alors les adorateurs de la croix, ce qui survint durant l’après-midi (13) du vendredi. Tous passèrent la nuit en ordre de bataille.
Lorsque pointa l’aube du samedi, jour qui fut particulièrement difficile pour ceux du dimanche (15), et alors qu’il restait cinq jours de Rabi‘ al-akhir, sous une chaleur accablante (14), le soleil se leva [sur les visages des chrétiens], et ils semblaient ivres tant leur soif était grande, alors qu’ils n’étaient pas ivres (16). Pendant ce temps, sous les sabots de leurs chevaux