La Syrie (1) et son fils Ḥusām al-Dīn Muḥammad ibn ʿUmar ibn Lājīn (2) cherchèrent à se mettre à l’abri de la nuisance du prince (3) d’al-Karak, [celui qui trahit, rompit le pacte et commit l’infamie] (4). Lorsque les pèlerins (5) passèrent [à la fin de Ṣafar] (6), le sultan se mit en marche et établit son camp à al-Karak (7). Il coupa les arbres de ses environs, laissa paître le bétail dans les champs (8) et l’on consomma les fruits.
Les armées égyptiennes le rejoignirent (9), suivies des troupes orientales (10), équipées de lances khattī et d’épées mashrafī. Elles s’installèrent près du fils du sultan, à la source. Al-Afḍal dépêcha un détachement vers les terres des Francs : il tua, pilla, en revint indemne, captura des ennemis puis regagna le camp. Il (11) annonça ainsi les prémices de la conquête et de la victoire.
Le sultan arriva alors avec ses troupes innombrables (12), et toutes les armées, qu’elles fussent absentes ou présentes, se rallièrent à lui. Il ordonna ses soldats et ses contingents, puis avança en direction du littoral. En tout, on comptait douze mille combattants à ses côtés, sans compter les volontaires. Les Francs, ayant appris (13) sa venue, se réunirent au complet et rétablirent la paix entre eux, rejoints par le comte de Tripoli, le traître, et par le prince d’al-Karak, l’impie. Ils vinrent en masse, du plus grand au plus humble (14), emportant avec eux la Croix de la Crucifixion, portée par ceux qu’ils qualifient d’adorateurs de l’idole (tāghūt), égarés dans leur croyance sur la nature humaine et la nature divine (15), en une multitude dont seul Dieu (Exalté soit-Il) (17) connaît le nombre (16). On disait qu’ils étaient cinquante mille.