Lors même qu’il eût dépensé pour cela tous les biens et trésors qu’il possédait, il tuerait de sa propre main le « prince » (barons) de Kerak, parce que ce dernier avait rompu le pacte (1) qu’il avait conclu avec le sultan, en trahissant une caravane de marchands venus d’Égypte. Il s’empara alors de leurs biens et fit trancher leurs têtes patiemment sous ses yeux, tandis qu’il proclamait : « Où donc est votre Muhammad (2) pour vous secourir ? »
Or, ce vœu dans son intégralité fut prononcé sur l’indication du qâdî al-Fâḍil — qu’Allâh lui fasse miséricorde — ; c’est lui qui le conseilla et l’y incita, jusqu’à ce qu’il le contracte auprès de Dieu — qu’Il soit exalté. Alors Dieu, le Très-Haut, le guérit [et l’affranchit de l’épreuve qui l’avait frappé (3)], cette maladie ayant servi d’expiation à ses péchés, d’élévation de son rang et de triomphe pour l’Islam et ses fidèles. Les annonces (4) de cette guérison affluèrent de toutes parts, et l’on orna les contrées de réjouissances ; louange et gratitude reviennent à Dieu.
Le qâdî al-Fâḍil (5) écrivit depuis Damas — où il demeurait — à al-Muẓaffar Taqī al-Dīn ‘Umar, gouverneur d’Égypte pour son oncle an-Nāṣir : « La santé du roi an-Nāṣir a trouvé son équilibre et la nouvelle en est devenue notoire ; après l’obscurité ont surgi ses clartés et, après la dissimulation, se sont manifestées ses preuves. La maladie s’en est allée, louange à Dieu et reconnaissance pour Ses bienfaits. Le feu (6) en a été éteint, la poussière dispersée, la braise endormie ; ce n’était qu’un passage subit dont Dieu nous a préservés (7) — une grande affliction dont Dieu a épargné l’Islam (8). C’était une épreuve par laquelle Dieu a testé nos âmes ; Il a vu qu’au plus bas, elles avaient la patience (9). Jamais Dieu ne saurait négliger une invocation sincère que les cœurs Lui adressent, ni retarder (10) la réponse, même si les péchés osaient en barrer la voie, ni démentir Sa promesse de délivrance quand il n’y a plus d’espoir ni pour celui qui reçoit aide ni pour celui qui la donne :
[Du mètre al-wâfir]
Un funeste présage auquel le temps ajouta une lettre « mîm »,
Ainsi, de l’infortune, fit-il un délice.
Le messager de mauvaise augure n’a finalement rien confirmé, car j’ai vu
Le soleil se lever alors même que brillaient encore les étoiles.
Sa Majesté le Sultan, le roi an-Nāṣir, a donc accueilli la guérison dans toute sa fraîcheur, avec une résolution intense, un élan renouvelé vers le combat sacré, un retour repentant vers le Seigneur des hommes. Le Paradis a déployé son tapis, le compte est achevé et nous avons franchi le pont (aṣ-ṣirāṭ). Nous avons été confrontés à des frayeurs telles que, par crainte, même un chameau aurait pu se glisser par le chas d’une aiguille. Puis, après sa guérison, le Sultan partit de Harrān, entra à Alep, puis passa par Ḥamāh et Ḥimṣ. Enfin, il entra à…»