Taqī al-Dīn ʿUmar arriva d’Égypte, accompagné du qāḍī al-Fāḍil, tandis qu’Abū Bakr al-ʿĀdil vint d’Alep. Les souverains de la Jazīra et de Sinjār, ainsi que ceux de ces diverses contrées et régions, se joignirent à lui, et il les incorpora tous dans son armée. Il se mit alors en route vers al-Karak, l’encercla le quatorzième jour de Jumādā l-Ūlā et y fit dresser neuf mangonneaux, commençant son siège, car il estimait que la prise de cette place était plus profitable aux musulmans que toute autre, étant donné que les occupants d’al-Karak coupaient la route des pèlerins et des marchands, tant par voie terrestre que maritime.
Il apprit cependant que tous les Francs, cavaliers et fantassins confondus, s’étaient mobilisés pour l’empêcher de conquérir al-Karak. Il leva alors le siège, se dirigea contre eux et s’arrêta à Ḥusbān, en face de leurs positions, puis rejoignit la source de ʿAyn. Les Francs se replièrent aussitôt vers al-Karak et il envoya des hommes à leur poursuite, leur infligeant de lourdes pertes. Le sultan ordonna ensuite à ses armées de lancer des raids sur les côtes, celles-ci étant dépourvues de combattants ; Naplouse et les villages et terres de ses environs furent ainsi mis à sac.
Puis le sultan rentra à Damas et autorisa les troupes à se disperser vers leurs contrées respectives. Il ordonna aussi à son neveu, Taqī al-Dīn ʿUmar, al-Malik al-Muẓaffar, de retourner en Égypte avec ses soldats, et à son frère al-ʿĀdil de regagner ash-Shahbāʾ. Le sultan demeura à Damas pour accomplir le jeûne, regrouper la cavalerie et affûter son sabre. Peu après, parvinrent jusqu’à lui les robes d’honneur envoyées par le calife ; il les revêtit lui-même et en fit également don à son frère al-ʿĀdil ainsi qu’à son cousin Nāṣir ad-Dīn Muḥammad ibn Shīrkūh, avant de s’en défaire par la suite.