Il partit, soutenu et victorieux, revêtu d’un grand apparat et d’importantes faveurs (1), et ce fut un jour mémorable. [Il avait l’intention de sortir rapidement pour combattre les Francs. Aussi fit-il son entrée au début du mois de Jumâdâ al-Âkhirah avec ses armées, se dirigeant vers la noble Jérusalem] (2). Il parvint à Baysân (3) et la mit à sac, puis s’arrêta à ‘Ayn Jâlût (4). Il envoya devant lui une imposante troupe d’éclaireurs, dans laquelle se trouvait Jurdîk (5) ainsi qu’un groupe de la Nûriyya, et arriva (6) le mamlouk de son oncle paternel Asad al-Dîn. Ils tombèrent alors sur l’armée franque de Karak, qui se portait au secours de leurs alliés. Les deux forces s’affrontèrent (7), et les musulmans tuèrent un grand nombre de Francs, en capturèrent cent, sans perdre qu’un seul homme parmi eux. Ils retournèrent ensuite à la fin de cette même journée.
Le sultan apprit que les Francs s’étaient rassemblés pour le combattre. Il marcha donc contre eux, espérant qu’ils le défieraient en bataille rangée, [mais ils se dérobèrent devant lui] (8). Il tua un grand nombre d’entre eux sur les lisières de leurs rangs, et en blessa tout autant. Les Francs battirent aussitôt en retraite, s’en retournant vers l’arrière, saisis de la plus grande frayeur en raison de la puissance de son armée. Louange et grâce reviennent à Dieu (9) : durant leur retraite, il les poursuivit (10), tuant et capturant jusqu’à ce qu’ils se replient profondément (11) dans leurs terres. Il revint alors, soutenu et victorieux, que Dieu accorde à son œuvre une récompense abondante et rende ses efforts dignes d’éloge.
Le cadi (12) al-Fâdil écrivit au calife pour l’informer de la grâce divine (13) à son égard, et de la victoire (14) accordée aux musulmans sur les Francs (15). Il ne faisait rien et ne projetait rien sans en avertir (16) le calife, par respect, politesse, obéissance et déférence.