Ensuite vint l’année cinq cent soixante-dix-neuf (579) de l’Hégire. Le quatorzième(1) jour de Muharram, le sultan(2) Ṣalāḥ al-Dīn s’empara de la ville d’Āmid(3) par un accord de paix, après un siège long(4) et rigoureux(5) mené contre son propriétaire, Ibn Nīsān(6). Celui-ci profita de trois jours pour emporter tout ce qu’il put de ses provisions, de ses biens et de ses possessions. Lorsque le sultan prit possession de la ville, il y trouva de nombreuses réserves, ainsi que tout un arsenal de machines de guerre et d’armes : il découvrit même une tour remplie de pointes de flèches et une autre contenant cent mille bougies, en plus d’autres objets dont la description serait trop longue.
Il y trouva aussi une bibliothèque renfermant un million(7) de volumes et quarante(8) mille autres ouvrages. Il en fit don au Qāḍī al-Fāḍil, qui en sélectionna la quantité équivalant au chargement de soixante-dix ânesses(9). Puis le sultan céda la ville et tout ce qu’elle contenait à Nūr al-Dīn Muḥammad b. Qarā Arslan, car il la lui avait promise. On lui fit remarquer que les réserves ne faisaient pas partie de la promesse ; il répondit : « Je ne les lui refuserai pas, puisque désormais il est des nôtres et soutient notre cause. » Le trésor contenait trois millions(10) de deniers d’or. Les poètes le louèrent pour ce geste des plus nobles(11) et méritoire. Parmi les plus beaux vers(12) composés à cette occasion dans une ode dédiée au sultan, on cite :
« Dites aux rois : éloignez-vous de vos royaumes, car voici venu celui qui prend le monde et le dispense(13). »
Ensuite, durant le reste du mois de Muḥarram, le sultan se dirigea vers la ville d’Alep. Il l’encercla et les habitants lui livrèrent un âpre combat.