Ibn ʿAsâkir a rapporté, d’après Anas ibn Mâlik et ʿAtâʾ ibn as-Sâʾib, quʿUzayr vivait à l’époque de Mûsâ ibn ʿImrân et qu’il demanda l’autorisation de se présenter devant lui, mais qu’il ne la reçut pas, en raison de son questionnement au sujet de la prédestination (al-qadar). Il s’en retourna en déclarant : « Cent morts sont plus légères qu’une heure d’humiliation. »
Concernant cette parole dʿUzayr, « Cent morts sont plus légères qu’une heure d’humiliation », on retrouve le même sens dans les vers de l’un des poètes (sur le mètre as-sarîʿ) :
« Peut-être l’homme de noble caractère endure-t-il le tranchant de l’épée, • Mais il répugne à supporter l’injustice.
Et il préfère la mort à une situation • Où il se trouve incapable de pourvoir à l’hospitalité d’un hôte. »
Quant au récit rapporté par Ibn ʿAsâkir et d’autres, d’après Ibn ʿAbbâs, Nawf al-Bikkâlî(1), Sufyân ath-Thawrî et plusieurs autres, selon lequel il (c’est-à-dire ʿUzayr) s’interrogea sur la prédestination et que son nom fut effacé de la liste des prophètes, ce récit est jugé « réprouvé » (munkar) et fait l’objet de questionnements quant à son authenticité. On dirait qu’il émane des Isrâ’îliyyât.
Abd ar-Razzâq et Qutaybah ibn Saʿîd ont rapporté, d’après Jaʿfar ibn Sulaymân, d’après Abû ʿImrân al-Jawnî, d’après Nawf al-Bikkâlî, que celui-ci a dit : « ʿUzayr, dans sa confidence avec son Seigneur, dit : “Ô Seigneur, Tu crées des créatures, Tu égare qui Tu veux et Tu guides qui Tu veux.” Il lui fut répondu : “Détourne-toi de cette question.” Mais il y revint. Alors on lui lança : “Détourne-toi de cela ou Je rayerai ton nom de la liste des prophètes, car Je ne suis pas interrogé sur ce que Je fais, tandis qu’eux seront interrogés.” » Ce propos n’implique pas que la menace se concrétise s’il persistait ; or il n’insista pas et son nom ne fut pas effacé. Dieu est plus savant.
Par ailleurs, un groupe d’exégètes, hormis at-Tirmidhî, rapporte à partir de Yûnus ibn Yazîd, d’après az-Zuhrî, d’après Saʿîd et Abû Salama, d’après Abû Hurayra – et il en va de même dans la version transmise par Shuʿayb, d’après Abû az-Zinâd, d’après al-Aʿrâj, d’après Abû Hurayra – que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « Un prophète parmi les prophètes s’abrita sous un arbre ; une fourmi le piqua, alors il ordonna de transférer ses affaires hors de cet endroit, puis il commanda qu’on brûlât la fourmilière par le feu. Dieu lui fit alors cette révélation : “Pourquoi n’avoir puni qu’une seule fourmi ?”(2)(3). »
Ishâq ibn Bishr, citant Ibn Jurayj, ʿAbd al-Wahhâb ibn Mujâhid et son père, rapporte qu’il s’agissait de ʿUzayr. De même, d’après Ibn ʿAbbâs et al-Hasan al-Basrî, cela concernait ʿUzayr. Dieu est plus savant.