En cette année (1), les Francs trahirent et rompirent leurs pactes, coupant les voies de communication des musulmans par terre et par mer, à la fois en secret et au grand jour. Alors Dieu permit que l’on s’empare d’un grand navire (2) qui leur appartenait (3), à bord duquel se trouvaient environ deux mille de leurs hommes (4), comptant parmi les plus remarquables d’entre eux. Les vagues le poussèrent jusqu’au port de Damiette avant que le sultan ne quittât l’Égypte ; le navire fut encerclé (5), et certains de ses passagers se noyèrent, tandis qu’environ mille sept cents d’entre eux furent faits prisonniers. Louange à Dieu et reconnaissance à Lui (6).
En cette même année, Qarâqûsh (7) se rendit en Ifriqiya. Il y conquit de nombreux territoires et combattit l’armée du fils de ‘Abd al-Mu’min (8) [le souverain du Maghreb] (9), grâce à quoi son pouvoir s’y affermit grandement (10). Il était au nombre des mamelouks (11) de Taqî al-Dîn ‘Umar, oncle du sultan Ṣalāḥ al-Dīn. Puis il retourna en Égypte, où le sultan (12) lui ordonna d’achever le rempart encerclant Le Caire et Miṣr, avant son départ d’Égypte cette même année. Ce fut la dernière fois qu’il s’y trouva, jusqu’à ce que Dieu le rappelle à Lui – Exalté soit-Il –, après qu’Il lui eut montré l’accomplissement de son désir, avant sa mort. Ainsi, Il apaisa son regard vis-à-vis de ses ennemis, et lui permit de reprendre Jérusalem ainsi que les territoires alentours et tout ce qu’ils renfermaient.
Lorsque, se campant à découvert après avoir quitté l’Égypte, il fit venir ses enfants auprès de lui, il se mit à les humer, les embrasser et les serrer contre lui. L’un de ses proches lui récita alors [à ce propos] (16) : [extrait de la métrique al-wāfir] (17)
« Tire profit du parfum de l’arâr de Najd ; car une fois ce soir passé, il n’y aura plus d’arâr. »