Saladin s’empara de l’ensemble du territoire de la Jazîra et projeta d’assiéger Mossoul, mais cela ne put se concrétiser. Il se rendit ensuite à Alep, qu’il obtint d’Imâd al-Dîn Zanki, trop faible pour défendre la ville du fait du peu d’armes et de matériel de guerre (1) qu’y avait laissé ‘Izz al-Dîn. Cela se produisit l’année suivante, comme nous le mentionnerons.
Cette même année, le baron (2) de Kerak – que Dieu le maudisse – résolut de se rendre à Taymâ, dans le Hijaz (3), afin de pouvoir ensuite parvenir à la Ville prophétique (Médine). Mais Saladin envoya depuis Damas une expédition (4) destinée à s’interposer entre lui et les terres du Hijaz, ce qui l’empêcha de mener à bien son projet. Louange à Dieu.
Pendant cette même période, le sultan Saladin nomma son frère, Sayf al-Islâm Ẓahîr al-Dîn Tughtakîn (5) ibn Ayyûb, à la vice-royauté du Yémen et lui en conféra la souveraineté, l’y dépêchant aussitôt. La raison tenait aux différends entre ses gouverneurs et aux troubles qui agitaient le pays à la suite du décès d’al-Mu‘azzam Tûrânshâh, frère du sultan, qui avait initialement conquis la région. Lorsque les discordes se multiplièrent et que le désordre s'accrut, Tughtakîn aspira à y régner ; son frère l’envoya alors et le désigna à ce poste. Il y arriva en l’an soixante-dix-huit (de l’Hégire), y gouverna avec la meilleure conduite, perfectionnant la justice et la droiture. Il mit également la main sur les biens de Ḥaṭṭân ibn Munqidh (6), gouverneur (7) de Zabîd, qui s’élevaient à près d’un million (8) de dinars ou davantage.
Quant au gouverneur d’Aden, Fakhr al-Dîn ‘Uthmân al-Zanjîbîlî (9), il quitta le Yémen avant l’arrivée de Tughtakîn (10) et s’installa en Syrie. Il était connu pour ses fondations pieuses au Yémen et à la Mecque. C’est à lui que l’on attribue l’école appelée « zanjibîlienne » (11), située hors de la porte Tûmâ, face à la Dâr al-Maṭ‘am (12). Il avait amassé depuis le Yémen des sommes considérables (13) de richesse.