L’abondance (1) des naissances gémellaires chez les femmes s’est produite en compensation de ce qui leur était arrivé l’année précédente, lors de l’épidémie [et de la mortalité. De plus, la Syrie est devenue fertile],
(2) par la permission de Dieu, en réparation de ce qui les avait frappés de sécheresse et de cherté [et à Lui reviennent la louange et la grâce].
(3)
Au mois de Chawwâl, le roi Ṣalâḥ al-Dîn se rendit à Alexandrie et y constata (4) l’état des travaux qu’il avait ordonnés pour fortifier son rempart, ainsi que la construction de ses tours et de ses palais. Il y écouta (5) la lecture du “Muwatta” de l’imam Mâlik auprès du shaykh Abû Ṭâhir ibn ‘Awf, selon la transmission d’al-Ṭurṭûshî, et l’imâd al-kâtib assista également à cette audition. Le qâḍî al-Fâḍil envoya au sultan (6) une lettre pour le féliciter de cette étude. Et Dieu, Exalté soit-Il, est plus savant.
Il est fait mention du décès du roi al-Ṣâliḥ Ismâ‘îl, fils du roi Nûr al-Dîn le martyr (7), seigneur d’Alep, et des événements qui s’ensuivirent.
Son décès eut lieu le vingt-cinquième de Rajab de cette année, dans la citadelle d’Alep, où il fut inhumé. La cause de sa mort, d’après certains dires, proviendrait du fait que l’émir ‘Alam al-Dîn Sulaymân ibn Ḥaydar (8) lui aurait administré un poison dans une grappe de raisin lors d’une partie de chasse. D’autres rapportent que ce serait Yâqût al-Asadî qui lui aurait servi ce poison dans un breuvage, ou encore dans une “khushkanânja”, et qu’il en fut atteint de coliques dont il ne se remit pas, jusqu’à son décès – qu’Allah lui fasse miséricorde.
Il était un jeune homme de belle apparence, gracieux d’aspect, et n’avait pas atteint vingt ans. Il comptait parmi les rois les plus chastes. Et “qui ressemble à son père ne saurait être blâmé.” Les médecins lui prescrivirent, durant sa maladie, de boire du vin. Il demanda alors un avis juridique (fatwâ) à certains savants pour savoir s’il pouvait en consommer à titre de remède, et ils (10) lui en accordèrent l’autorisation. Il leur dit : « Le fait d’en boire prolongera-t-il ma vie ou la diminuera-t-il (11) en quoi que ce soit ? » Ils (12) répondirent : « Non. » Alors il dit : « Par Dieu, je ne le boirai pas, de crainte de rencontrer Dieu en ayant consommé ce qu’Il m’a interdit (13). » Lorsqu’il perdit tout espoir de guérison, il convoqua les émirs et les fit prêter serment d’allégeance à son cousin.