Il est le roi : si tu entends parler de Khosrô et de César, sache qu’en générosité et en vaillance, ils ne sont que ses serviteurs. Quant à Hâtim (1), on ne saurait mesurer sa libéralité (2) à la sienne : prends donc ce que nous avons directement observé et délaisse ce qui fut seulement rapporté. Recherche sa protection (3), car il t’abrite contre l’injustice du temps et ses agressions. Ne te sens pas redevable envers les nuées si les pluies tombent abondamment, lorsque les nuages de sa propre générosité (4) t’abreuvent déjà. Il étend ses deux mains (5), dont l’essence même est porteuse de bienfaits : de la droite émane la prospérité et de la gauche la facilité (6).
Lorsque la nouvelle (7) de sa mort (8) parvint à son frère, le sultan al-Malik an-Nâsir Ṣalâḥ ad-Dîn [Ibn Ayyûb] (9), qui campait alors aux abords de Ḥimṣ, celui-ci s’attrista profondément (10). Il se mit à réciter des élégies tirées (11) du recueil « al-Ḥamâsa » qu’il connaissait par cœur — qu’Allah lui fasse miséricorde (12).
En rajab de la même année, les émissaires du calife an-Nâṣir arrivèrent, portant la khil‘a (la robe d’honneur) et des présents (13) destinés au sultan al-Malik an-Nâsir Ṣalâḥ ad-Dîn. Celui-ci revêtit la robe d’honneur du calife à Damas, et la ville fut parée pour l’occasion, faisant de ce jour un événement mémorable.
La même année, en (14) rajab (15), le sultan partit du Shâm en direction des contrées égyptiennes (16) afin d’y examiner la situation, d’y jeûner pour le mois de Ramaḍân et, ayant l’intention d’accomplir le pèlerinage cette même année à la Maison sacrée de Dieu, il désigna son neveu ‘Izz ad-Dîn (17) Farrukhshâh ibn ShâhanShâh ibn Ayyûb pour gouverner le Shâm en son absence.