Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Certes, nous avons perdu ‘Uzayr depuis cent ans, et nous n’avions plus entendu parler de lui. » Il répondit : « Je suis ‘Uzayr. » Elle s’exclama : « Eh bien, ‘Uzayr était un homme dont l’invocation était exaucée ; il priait pour le malade et celui qui était affligé, afin qu’il recouvre la santé et la guérison. Invoque donc Dieu pour qu’Il me rende la vue et que je puisse te voir ; si tu es vraiment ‘Uzayr, je te reconnaîtrai. »

(1) Il invoqua alors son Seigneur, passa sa main sur ses yeux, et ils retrouvèrent la santé. Il la prit par la main en disant : « Lève-toi par la permission de Dieu. » Et Dieu lui rendit l’usage de ses jambes ; elle se leva tout à fait guérie, comme si on venait de la détacher d’une entrave. Elle regarda et déclara : « Je témoigne que tu es bien ‘Uzayr. »

(2) Elle se hâta vers le quartier des Enfants d’Israël, qui se trouvaient dans leurs assemblées. Le fils de ‘Uzayr était là, c’était un vieillard de cent dix-huit ans ; d’autres vieillards de la descendance de ‘Uzayr s’y trouvaient également. Elle leur cria : « Voici ‘Uzayr qui est revenu parmi vous ! » Ils la traitèrent de menteuse. Elle reprit : « Je suis Untelle, votre servante ; il a prié Dieu pour moi, qui m’a rendu la vue et libéré mes jambes. Il prétend que Dieu l’a fait mourir cent ans, puis l’a ressuscité. »

Alors les gens se levèrent et s’approchèrent de lui. Ils l’observèrent et le fils de ‘Uzayr dit : « Mon père avait une marque noire entre les deux épaules. » Ils découvrirent ses épaules et reconnurent alors qu’il s’agissait bien de ‘Uzayr. Les Enfants d’Israël déclarèrent : « Il n’y avait personne parmi nous qui eût mémorisé la Torah, hormis ‘Uzayr. Or, Nabuchodonosor l’a brûlée et il n’en reste rien d’autre que ce dont les hommes se souviennent. Écris-la donc pour nous. »

Le père de ‘Uzayr, nommé Saroukhâ, avait autrefois enfoui la Torah à l’époque de Nabuchodonosor dans un endroit que seul ‘Uzayr connaissait. Il s’y rendit, creusa et en ressortit la Torah, mais le papier était moisi et les écrits effacés. Il s’assit alors à l’ombre d’un arbre, entouré des Enfants d’Israël, et il leur renouvela la Torah. Deux astres (shahâbân) descendirent du ciel pour pénétrer en lui, si bien qu’il se souvint parfaitement de la Torah et la restitua aux Enfants d’Israël (3).

C’est à ce moment-là que les Juifs proclamèrent : « ‘Uzayr est le fils de Dieu », à cause de l’histoire de ces deux astres, de la restauration de la Torah et de la fonction qu’il avait assumée auprès des Enfants d’Israël. Il leur avait rendu la Torah dans la terre de Sawâd, au monastère de Ḥizqîl. Le village où il mourut se nommait Sâyrâbâdh.

Ibn ‘Abbâs a dit : « C’est bien comme l’a rapporté Dieu le Très-Haut : “Et afin que Nous fassions de toi un signe pour les gens”, en parlant des Enfants d’Israël. En effet, il siégeait parmi ses fils, qui étaient devenus des vieillards, tandis que lui était encore jeune, car il était mort à l’âge de quarante ans, puis Dieu l’a ressuscité jeune, à son apparence d’autrefois. » Ibn ‘Abbâs ajouta : « Il fut ressuscité après Nabuchodonosor », et Al-Ḥasan affirma la même chose.

Abû Ḥâtim as-Sijistânî a cité, à propos de ce qu’a dit Ibn ‘Abbâs, les vers suivants (mètre at-Ṭawîl) :

« Il a la chevelure noire, quand son fils a déjà blanchi,
et avant lui son petit-fils, si bien qu’il est le plus âgé.
Il voit son fils, un vieillard qui peine à marcher en s’appuyant sur un bâton,
tandis que lui arbore encore une barbe noire et la chevelure dorée.
Son fils n’a ni force ni vigueur : il trébuche en marchant comme un enfant,
incapable de se tenir débout ni d’exercer une énergie.
Son fils compte parmi les gens quatre-vingt-dix ans, plus vingt :
il n’a ni l’élan ni l’allure vigoureuse. » (4)

(1) La lettre « bāʾ » a été omise par déplacement de point diacritique. (2) Dans Lisân al-ʿArab, « nashata » signifie agir rapidement dans toute entreprise, et aussi pour désigner un malade qui a guéri. (3) Dans le Tafsîr d’al-Ṭabarî : vol. 3, pp. 22‑32. (4) Dans le dictionnaire « b » : « le jeune enfant marche ».
فإن عزيرًا [قد فقدناه منذ مئة سنة فلم نسمع له بذكر، قال: فإني أنا عزير. قالت: فإن عزيراً] (١) رجلٌ مستجاب الدعوة يدعو للمريض ولصاحب البلاء بالعافية والشفاء، فادع الله أن يردّ عليّ بصري حتى أراك، فإن كنتَ عزيراً عرفتُك. قال: فدعا ربّه ومسح بيده على عينيها فصحَّتا وأخذ بيدها وقال: قومي بإذن الله، فأطلق الله رجليها فقامت صحيحة كأنما نَشِطَتْ من عقال (٢) فنظرت فقالت: أشهد أنك عزير. وانطلقت إلى محلَّة بني إسرائيل وهم في أنديتهم ومجالسهم، وابن لعزير شيخ ابن مئة سنة وثماني عشرة سنة، ومن بني بنيه شيوخ في المجلس، فنادتهم فقالت: هذا عزير قد جاءكم، فكذبوها، فقالت: أنا فلانة مولاتكم دعا لي ربه فردَّ عليّ بصري وأطلق رجليّ، وزعم أن الله أماته مئة سنة ثم بعثه. قال: فنهض الناس فأقبلوا إليه فنظروا إليه فقال ابنه: كان لأبي شامة سوداء بين كتفيه، فكشف عن كتفيه فإذا هو عزير. فقالت بنو إسرائيل: فإنه لم يكن فينا أحد حفظ التوراة فيما حُدّثنا غير عزير، وقد حرق بخت نصر التوراة ولم يبق منها شيء إلا ما حفظتِ الرجال، فاكتبها لنا، وكان أبوه سروخا قد دفن التوراة أيام بخت نصر في موضع لم يعرفه أحد غير عزير، فانطلق بهم إلى ذلك الموضع فحفره فاستخرج التوراة وكان قد عفن الورق ودرس الكتاب، قال: وجلس في ظل شجرة وبنو إسرائيل حوله فجدَّد لهم التوراة ونزل من السماء شهابان حتى دخلا جوفه فتذكَّر التوراة فجدَّدها لبني إسرائيل (٣) . فمن ثم قالت اليهود: عزير ابن الله للذي كان من أمر الشهابين وتجديده التوراة وقيامه بأمر بني إسرائيل. وكان جدَّد لهم التوراة بأرض السواد بدير حزقيل. والقرية التي مات فيها يقال لها: سايراباذ. قال ابن عباس فكان كما قال الله تعالى: ﴿وَلِنَجْعَلَكَ ءَايَةً لِلنَّاسِ﴾ يعني لبني إسرائيل. وذلك أنه كان يجلس مع بنيه وهم شيوخ وهو شاب؛ لأنه مات وهو ابن أربعين سنة فبعثه الله شاباً كهيئته يوم مات. قال ابن عباس: بعث بعد بخت نصر. وكذلك قال الحسن. وقد أنشد أبو حاتم السجستاني في معنى ما قاله ابن عباس: [من الطويل] وأسودُ رأسٍ شابَ من قبلِه ابنُهُ … ومن قبلِه ابنُ ابْنِه فَهْو أكْبرُ يَرَى ابنَهُ شَيْخاً يدبُّ على عَصاً … ولحيتُه سَودَاءُ والرأسُ أشقرُ وما لابنهِ حَيْلٌ ولا فَضْلُ قوّةٍ … يقومُ كما يمشي الصبيّ فيعْثرُ (٤) يَعُدُّ ابنُهُ في الناسِ تِسْعينَ حجةً … وعشرينَ لا يجري ولا يَتَبخْتَرُ
(١) سقطت من ب بنقلة عين. (٢) في لسان العرب، نشط: يقال للأخذ بسرعة في أي عمل كان، وللمريض إذا برأ. (٣) تفسير الطبري: (٣/ ٢٢ - ٣٢). (٤) في ب: يمشي الصغير.

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