Celui qui parcourt les contrées, pourtant étendues (1), est plus digne d’être effleuré par les mains qui tâtonnent (2). Il est plus enclin à la crainte de son Seigneur qu’un ignorant accaparé par le triangulaire, le quadrangulaire et le pentagonal (3).
Al-Ḥayṣa Bayṣa (4) est Saʿd ibn Muḥammad ibn Saʿd, Shihāb al-Dīn, Abū al-Fawāris al-Ṣayfī, le poète (5), connu sous le nom de « Ḥayṣa Bayṣa ». Il a laissé un recueil de poèmes (6) fameux. Il mourut un mardi, cinq Shaʿbān de cette même année, à l’âge de quatre-vingt-deux ans. La prière funéraire fut accomplie à l’école an-Niẓāmiyya, puis il fut inhumé à Bāb at-Tibn (7). Il ne laissa pas de descendance. Nul ne l’égala dans la rédaction de correspondances : il y faisait montre d’érudition et d’une grande élégance de style, si bien qu’il ne se satisfaisait que de formulations rares (8). Il prétendait appartenir à la tribu des Banū Tamīm (9). Lorsqu’on interrogea son père à ce sujet, il répondit : « Je ne l’ai appris que de sa bouche. »
Alors, l’un des poètes, pour le tourner en ridicule sur cette revendication (10), composa ces vers (sur le mètre al-khafif) :
« Combien te vantes-tu, et combien rallonges-tu ton turban (11,12)…
Il n’y a pas le moindre poil de Tamīm en toi (13,14) !
Mange donc le lézard, avale la coloquinte desséchée (15),
et bois à ta guise l’urine de l’autruche.
Ce n’est certes pas le visage de celui qui accueille un hôte,
ni qui offre l’hospitalité, ni qui protège son foyer du mal. »