Au cours du mois de Ramaḍān de cette même année (1), les robes d’honneur envoyées par le calife parvinrent au roi Ṣalāḥ al-Dīn, alors à Damas. [La cérémonie fut extrêmement grandiose] (2). On ajouta à ses titres celui de « Muʿizz Amīr al-Muʾminīn » et l’on conféra également une robe à son frère Tūrānshāh (3), qui reçut le titre de « Muṣṭafā Amīr al-Muʾminīn ».
Cette année-là, [le roi Ṣalāḥ al-Dīn] (4) prépara le fils de son frère, Farrūkhshāh (5) ibn Shāhanshāh ibn Ayyūb, pour se porter devant lui et combattre les Francs, qui avaient résolu de s’attaquer aux musulmans et avaient semé le désordre dans les environs de Damas [en pillant ses villages, en ravageant ses alentours, et en recevant l’ordre de temporiser jusqu’à ce qu’ils aient pénétré au cœur du pays, sans les affronter avant son arrivée] (6). Lorsque les deux armées se rencontrèrent, Farrūkhshāh précipita l’attaque et les vainquit, tuant parmi leurs chefs le seigneur de la Nazareth et al-Hunfrī, considéré comme l’un de leurs plus grands rois et vaillants guerriers, qui ne reculait devant aucune bataille. Dieu le renversa lors de cette expédition. Le sultan Ṣalāḥ al-Dīn partit ensuite à la suite de son neveu, mais à peine fut-il arrivé à al-Kiswa qu’on lui présenta déjà, plantées sur des lances, les têtes [ennemies], ainsi que le butin, les prisonniers, et les lances (7), tandis que l’armée apparaissait dans le scintillement de ses boucliers brunis et de ses lames étincelantes.
Cette même année, les Francs — que Dieu les maudisse — édifièrent une forteresse près de Bayt al-Aḥzān pour les Templiers (8), afin d’en faire un poste avancé pour guerroyer contre les musulmans et couper leurs routes (9). Leurs rois rompirent les traités existant entre eux et Ṣalāḥ al-Dīn. Ils menèrent des raids sur les périphéries de toute part, cherchant à distraire les musulmans et à disperser (10) leurs armées dans un même lieu. Le sultan plaça alors son neveu Taqī al-Dīn ʿUmar (11) à Ḥamā, accompagné de Shams al-Dīn ibn Muqaddam (12).