En cette année, le sultan An-Nāṣir Ṣalāḥ ad-Dīn supprima les péages et les taxes imposés aux pèlerins à La Mecque. Auparavant, de fortes sommes étaient perçues auprès des pèlerins du Maghreb, et celui qui ne pouvait s'en acquitter était jeté en prison, si bien qu’il risquait de manquer le stationnement à ‘Arafāt. Le sultan indemnisa alors l’émir de La Mecque en lui attribuant une dotation sur les terres d’Égypte, et il fut convenu qu’on lui enverrait chaque année huit mille ardab de grains à La Mecque, pour l’assister, lui et ses suivants, tout en facilitant l’approvisionnement des résidents locaux qui pouvaient en faire l’achat. Il établit également des subsides pour les personnes établies sur place, sous forme de récoltes et de dons qui leur seraient livrés en tout temps.
La même année, l’émir Shams ad-Dīn ibn Muqaddam se rebella à Baalbek et ne vint pas au service du sultan, alors que ce dernier campait aux abords de Ḥimṣ. La raison en était qu’il avait appris que le frère du sultan, Turān Shāh, avait réclamé la ville de Baalbek, et que le sultan la lui avait accordée. Ibn Muqaddam refusa donc de quitter la cité tant que le sultan ne s’y rendrait pas en personne. Le sultan arriva alors et l’assiégea sans livrer bataille. [Puis la pluie et la grêle tombèrent, le contraignant à retourner à Damas au mois de Rajab, après avoir confié le soin d’assiéger la ville à ses hommes, toujours sans affrontement direct.] Finalement, le sultan octroya à Ibn Muqaddam une compensation considérable, plus avantageuse que ce qu’il possédait déjà. Ainsi, Ibn Muqaddam quitta la ville, qui fut remise à Turān Shāh.
Ibn al-Athīr rapporte que cette année-là connut une grande cherté due à la rareté des pluies. Cette disette toucha l’Irak, la Syrie et les terres d’Égypte, et dura jusqu’à l’année soixante-quinze, lorsque la pluie revint et que les prix baissèrent. Mais elle fut suivie d’une épidémie sévère, un seul mal se propageant dans toutes les régions, connu sous le nom de « birsām » (pleurésie), qui ne s’apaisa qu’en l’année soixante-seize. Dans cette épidémie, un nombre incalculable de personnes périrent, des multitudes dont seul leur Créateur connaît le véritable effectif.