Les femmes pieuses et préservées (1). On raconte qu’elle ne quitta sa demeure que trois fois, et le calife ainsi que d’autres firent son éloge. Dieu (2) sait mieux (la vérité).
[Puis survint l’année cinq cent soixante-quatorze]
En cette année, il arriva une lettre du qâdî al-Fâḍil, alors en Égypte (3), au sultan, qui se trouvait en Syrie (4). Il le félicitait de la bonne santé de ses douze fils, rois, en ces termes [dans un de ses passages] (5) :
« Ils sont, par la grâce de Dieu, la joie du monde et son ornement (6), le basilic (7) de la vie et sa fleur. Un cœur qui peut supporter leur éloignement est vraiment vaste, un cœur qui se contente de recevoir seulement de leurs nouvelles est assurément satisfait, et un regard qui parvient à s’assoupir malgré la distance qui les sépare (8) est indéniablement apaisé. Un roi qui réussit à se maîtriser face à leur absence (9) est d’une grande sagesse. La grâce de Dieu qui se manifeste en eux est un bienfait (10) rendant la vie douce.
Le cou du maître ne languit-il pas de se parer de leurs perles (11) ? Son œil n’a-t-il pas soif de se rassasier de leur vue (12) ? Son cœur ne se prend-il pas à désirer ardemment son propre cœur (13) ? Cet oiseau ne recueille-t-il pas, en les embrassant (14), tout ce qui émane de son amour ? Que le Maître — que Dieu le préserve — puisse dire :
[du mètre at-ṭawīl]
“Qui donc, hormis mon cœur, porterait pareil élan (15) ?
… Mais mon cœur, en son amour, ne cesse de se retourner (17).”