Dans cette année : le ministre du calife, ʿAdud al-Dawla ibn Raʾīs ar-Ruʾasāʾ ibn al-Muslima, partit en vue d’accomplir le pèlerinage, et les gens sortirent pour l’accompagner et lui faire leurs adieux. Trois hommes appartenant aux Bâṭiniyya s’approchèrent alors de lui sous l’apparence de nécessiteux, chacun portant une requête. L’un d’entre eux s’avança pour lui remettre sa pétition et l’étreignit (1), puis le frappa de coups de couteau. Le deuxième se rua ensuite sur lui, suivi (2) du troisième, et ils le blessèrent, tout en touchant plusieurs personnes (3) autour de lui. Les trois assaillants furent immédiatement mis à mort, puis brûlés (4). Le ministre fut transporté à son domicile et mourut le même jour. Puisse Dieu lui accorder Son pardon et Sa clémence. Il avait poursuivi les deux fils du ministre Ibn Hubayra et ne cessa qu’après les avoir tués et anéantis. [Alors Dieu lui dépêcha ceux qui le tuèrent] (7). Ainsi, “tel acte, telle rétribution” : c’est une sanction équitable, [et ton Seigneur n’est point injuste envers Ses serviteurs] (8).
Parmi les notables décédés cette année, on compte : Ṣadaqa ibn al-Ḥusayn, Abū al-Faraj al-Ḥaddād (9). Il récitait le Coran, étudiait le hadith, s’adonna à la jurisprudence et prodiguait des fatwas ; il composa de la poésie, s’intéressa au kalām (10) et débattit. Il rédigea une chronique qu’il compléta à la suite de celle de son maître Ibn az-Zāghūnī (11), et qui recèle maintes singularités et curiosités.
Ibn as-Sāʿī dit : « C’était un shaykh savant et vertueux, pauvre, qui subsistait en copiant des manuscrits. Il logeait dans une mosquée à Bagdad, près du quartier de la Badriyya, où il dirigeait la prière. Il se plaignait de son époque et de ses contemporains. » J’ai vu qu’Ibn al-Jawzī, dans son “al-Muntaẓam” (12), le critiquait vertement et l’accusait de graves méfaits, rapportant de lui des vers frôlant ceux d’Ibn ar-Rāwandī (13) en matière d’hérésie.