Par un temps de grande chaleur, il entra dans une ruine alors qu’il était sur son âne. Il descendit de son âne et portait deux paniers : l’un contenait des figues et l’autre des raisins. Il s’installa à l’ombre de ce lieu en ruine et sortit un plat qu’il avait avec lui. Il pressa les raisins qu’il y déposa, puis sortit un morceau de pain sec qu’il mit dans le jus afin de le ramollir pour pouvoir le manger. Ensuite, il s’allongea sur le dos, posa ses jambes contre le mur et observa la voûte de ces demeures, voyant ce qu’elles renfermaient alors qu’elles tenaient encore sur leurs piliers, alors même que leurs habitants avaient disparu. Il vit des ossements en ruine et s’exclama : « Comment Dieu redonnera-t-Il la vie à ceci après sa mort ? » Il ne doutait pas du pouvoir de Dieu de ressusciter les morts, mais il le disait par étonnement.
Dieu envoya alors l’Ange de la Mort pour saisir son âme et le fit mourir cent ans. Lorsque ces cent années furent écoulées – durant lesquelles il s’était produit divers événements chez les Fils d’Israël –, Dieu dépêcha un ange vers ‘Uzayr. Celui-ci recréa son cœur pour qu’il puisse comprendre, puis ses yeux pour qu’il puisse voir et saisir comment Dieu fait revivre les morts. Ensuite, l’ange reconstitua l’ensemble de son corps sous son regard : il recouvrit ses ossements de chair, de poils et de peau, puis insuffla en lui l’âme, alors qu’il en était parfaitement conscient. ‘Uzayr se redressa et l’ange lui demanda : « Combien de temps es-tu resté [mort] ? » Il répondit : « Un jour. » En effet, il était décédé durant la première partie du jour, vers midi, et ressuscité en fin de journée, le soleil n’étant pas encore couché. Il ajouta : « Ou une partie d’un jour, car la journée n’est pas encore terminée pour moi. »
L’ange lui dit alors : « Non, tu es resté cent ans. Regarde ta nourriture et ta boisson. » Il s’agissait de son pain sec et du jus qu’il avait pressé dans le plat : ils étaient demeurés intacts, sans que le jus ne s’abîme ni que le pain ne s’altère. C’est ce que signifie la parole : « Il ne s’est pas gâté », autrement dit il n’a subi aucun changement. De même, les figues et les raisins étaient restés frais et n’avaient pas changé d’aspect. ‘Uzayr éprouva un doute dans son for intérieur. L’ange lui demanda : « Mettrais-tu en cause ce que je viens de t’exposer ? Regarde donc ton âne. » Lorsque ‘Uzayr porta son regard sur lui, il vit que ses ossements s’étaient réduits en poussière. L’ange appela alors ces ossements, qui affluèrent de toutes parts. L’ange les assembla sous les yeux de ‘Uzayr, puis leur donna des nerfs et des vaisseaux sanguins, les revêtit de chair, fit pousser la peau et les poils, puis insuffla de nouveau la vie dans l’animal.
L’âne se dressa en levant la tête et les oreilles vers le ciel, en poussant un braiment, croyant que l’Heure (de la Résurrection) était arrivée. C’est le sens du verset : « Regarde donc ton âne, et Nous ferons de toi un signe pour les gens ; observe ces ossements, comment Nous les relevons et les recouvrons de chair. » Autrement dit : vois les os de ton âne s’assembler pour former sa silhouette, puis regarde comment Nous les couvrons de chair. Lorsque cela lui devint clair, ‘Uzayr s’exclama : « Je sais que Dieu est capable de toute chose », notamment de rendre la vie aux morts.
‘Uzayr remonta alors sur son âne et se dirigea vers son quartier. Il ne reconnut plus personne, pas plus que les gens ne le reconnurent, et ce lieu lui était devenu étranger. Plongé dans la confusion, il se rendit ensuite à son ancienne demeure, où il trouva une très vieille femme, aveugle et paralysée, âgée de cent vingt ans. C’était une servante de la famille. Elle l’avait connu et s’en rappelait, car il l’avait laissée lorsqu’elle n’avait que vingt ans. Les années la frappèrent de vieillesse et de maladie.
‘Uzayr lui demanda : « Dis-moi, est-ce bien ici la maison de ‘Uzayr ? » Elle répondit : « Oui, c’est bien la demeure de ‘Uzayr. » Elle se mit à pleurer et ajouta : « Je n’ai entendu personne mentionner ‘Uzayr depuis tant d’années ; les gens l’ont oublié. » Il lui dit : « Je suis ‘Uzayr. Dieu m’a fait mourir cent ans puis Il m’a ressuscité. » Elle s’exclama : « Gloire à Dieu ! »