Puis vint l’an cinq cent soixante-treize (573 H). Cette année-là, le sultan an-Nâsir ordonna la construction de la Citadelle de la Montagne (Qal‘at al-Jabal) et l’édification d’un rempart autour du Caire(1) et de Miṣr, les englobant toutes deux(2). On éleva ainsi une forteresse pour le roi, dont il n’existait pas de semblable ni d’équivalent dans tout le pays d’Égypte(3). L’émir Bahā’ al-Dīn Qaraqūsh(4), esclave affranchi de Taqī ad-Dīn ‘Umar ibn Shāhanshāh(5) ibn Ayyūb, fut chargé d’en diriger la construction.
La même année eut lieu la bataille de Ramla contre les musulmans ; en jumâdâ al-ûlâ de cette année, le sultan al-Malik an-Nâṣir Ṣalâḥ ad-Dîn Yûsuf partit du territoire égyptien pour mener la guerre contre les Francs. Il parvint au pays de Ramla(6) : il captura (sabā), déposséda (salaba), s’empara (ghanima) et l’emporta (ghalaba), fit des prisonniers (asara) et contraignit (qasara), brisa (kasara)(7) et accrut ses richesses (kasaba)(8). Cependant, son armée s’occupa des butins et se dispersa parmi les villages et les agglomérations, tels des troupeaux qui se séparent, si bien que le sultan(9) se retrouva isolé avec un petit nombre de soldats. Les Francs surgirent alors en masse contre lui, et il ne se sauva qu’après un rude combat. Louange et bénédiction reviennent à Dieu(10) pour cette protection inestimable. Après s’être éparpillée, l’armée finit par revenir et se rassembla de nouveau autour du sultan(11) quelques jours plus tard. Les gens d’Égypte avaient eu du mal à croire à son retour après les rumeurs alarmantes qui leur étaient parvenues(12). Ainsi en fut-il comme dit le poète(13) : « Je me suis contenté du profit de revenir sain et sauf. »
Malgré cela, on fit résonner les annonces de bonne nouvelle à travers les contrées, se réjouissant de la sûreté du sultan. Une bataille semblable ne se reproduisit pas avant dix ans, ce fut alors le jour de Ḥiṭṭîn ; louange donc à Dieu, Seigneur de l’univers. Le sultan montra dans cette bataille une fermeté remarquable(14).