Ensuite, il quitta Alep et se dirigea vers les Ismaïliens (1) qui l’avaient attaqué. Il assiégea leur forteresse de Masyaf (2), tua, réduisit en captivité, incendia (3), s’empara de leurs bovins, dévasta leurs demeures et raccourcit leurs jours, jusqu’à ce que son oncle maternel, Shihab ad-Dîn Mahmûd ibn Tutush (4), gouverneur de Hama, intercédât en leur faveur parce qu’ils en étaient les voisins. Il accepta donc son intercession.
Le lieutenant de Baalbek, l’émir Shams ad-Dîn Muhammad ibn Abd al-Malik ibn Muqaddam (5), qui avait été gouverneur de Damas, amena alors devant lui un groupe de prisonniers francs qui avaient ravagé la plaine de la Békaa en l’absence du sultan (6), occupé à assiéger Masyaf. Cela raffermit sa détermination à partir en campagne contre les Francs et à se mobiliser pour cette cause. Il conclut la paix avec les Ismaïliens (7), partisans de Sinân, puis repartit en direction de Damas sous la protection du Miséricordieux. Son frère, Shams ad-Dîn Turân (8) Shah, vint à sa rencontre à Hama : ils se saluèrent, s’embrassèrent et récitèrent des poèmes. Lorsque le sultan entra à Damas le dix-septième jour de Safar, il la confia à ce même frère, Shams ad-Dawla Turân Shah, et lui accorda le titre de « roi al-Muʿaẓẓam ».
Le sultan résolut ensuite de se rendre en Égypte. Or, le juge Kamâl ad-Dîn Muhammad ibn Abd Allâh ash-Shahrazûrî mourut le sixième jour de Muharram de cette même année. Il figurait parmi les meilleurs juges et comptait parmi les plus proches de Nûr ad-Dîn le Martyr. On lui avait confié l’administration de la Grande Mosquée, de la Maison de la Monnaie, la surveillance des travaux de fortification et la gestion des intérêts publics. Quand la mort l’atteignit (9), il recommanda la charge de juge à son neveu, Diyâ’ ad-Dîn ibn Tâj ad-Dîn ash-Shahrazûrî (10). Le sultan, al-Malik an-Nâṣir Ṣalâḥ ad-Dîn, confirma alors cette recommandation, par considération pour Kamâl ash-Shahrazûrî, même s’il gardait en mémoire certaines hostilités à son égard, du temps où Ṣalâḥ ad-Dîn l’avait fait emprisonner à Damas. Celui-ci s’opposait et contredisait souvent le sultan, qui n’en valida pas moins le testament confiant la fonction de juge à son neveu. Celui-ci s’installa donc au tribunal selon les usages de son oncle, dans sa démarche et son mode de fonctionnement.
Le sultan conservait toutefois l’intention de nommer Sharaf ad-Dîn Abû Saʿîd Abd Allâh ibn Abî ʿAsrûn (11) d’Alep, qui avait émigré vers le sultan (12) à Damas. Il lui promit de lui accorder cette fonction.