Il marcha contre eux (1) et envoya un ordre à ses armées égyptiennes afin qu’elles viennent le rejoindre (2). Le seigneur de Mossoul accourut avec ses armées et ses détachements (3), puis il rejoignit son cousin, le roi al-Sâlih ‘Imâd al-Dîn Ismâ‘îl. Il s’avança à la tête de vingt mille combattants, montés sur des chevaux rapides (4), semblables à des volées d’oiseaux. De son côté, al-Nâṣir marcha contre eux, tel un lion féroce, n’ayant toutefois avec lui qu’un millier de cavaliers de Ḥamâ. Cependant, « Combien de petites troupes l’ont emporté sur de grandes troupes, par la permission d’Allah » [Coran 2:249].
Mais les armées égyptiennes (5) sortirent également à sa rencontre, le soutenant par des cohortes semblables à des montagnes, équipées et nombreuses comme les grains de sable. Les deux camps se retrouvèrent et se défièrent au combat, un jeudi, le dixième jour de Shawwâl. Ils livrèrent un affrontement acharné (6), jusqu’à ce que le sultan lui-même chargeât de sa noble personne. Par la permission de Dieu, leurs adversaires furent défaits ; ils tuèrent nombre de soldats d’Alep et de Mossoul, s’emparèrent des tentes du roi Sayf al-Dîn Ghâzî et de ses réserves, et emprisonnèrent plusieurs de leurs chefs, [que le sultan relâcha ensuite après leur avoir prodigué des robes d’honneur et des dignités] (7).
Ils avaient fait appel à un groupe de Francs durant le combat, ce qui n’est pas l’apanage des champions et héros (8). Le sultan découvrit dans le camp du sultan Ghâzî (9) des cages contenant des oiseaux chanteurs, à l’endroit même où se déroulait son breuvage enivrant (10). Comment celui qui adopte pareille attitude et pareille conduite pourrait-il triompher (11) ? Le sultan ordonna donc que ces cages lui fussent renvoyées et reconduites jusqu’à lui.
Il dit alors au messager : « Transmets-lui, à ton arrivée et en le saluant de ma part, qu’il vaut mieux pour lui de s’occuper de ces oiseaux plutôt que de se retrouver dans ce que nous avons vu de répréhensible (12). » Le sultan prit également un butin considérable [issu de leurs biens] (13) qu’il distribua à ses compagnons, qu’ils fussent absents ou présents. Il offrit la tente du roi Sayf al-Dîn Ghâzî (14) à son neveu ‘Izz al-Dîn Furûkhshâh (15), fils de Shâhanshâh ibn Najm al-Dîn, et rendit ce qui se trouvait dans son enclos