Les Aleppins se dirigèrent vers Hama en l’absence du sultan, occupé par la citadelle de Homs et ses travaux. Quand il apprit leur démarche, il marcha contre eux avec un faible effectif de son armée. Il les rejoignit alors qu’ils étaient en troupes nombreuses. Ils le rencontrèrent, confiants de leur supériorité numérique, et voulurent l’affronter. Lui, de son côté, cherchait à les apaiser, les appelant à la réconciliation, en espérant que le reste de l’armée viendrait le renforcer. Parmi ce qu’il leur dit, figura cette déclaration : « Je me satisfais de Damas seulement, j’y établirai la khutba (prône) au nom du roi al-Sâlih Ismâ‘îl, et je renonce à toutes les autres terres du Shâm. » Mais le serviteur Sa‘d ad-Dawla Kamishtakîn (2) refusa la réconciliation à moins qu’on ne leur concède la forteresse de ar-Rahba, tenue par son cousin Nâsir ad-Dîn ibn Asad ad-Dîn (4). Le sultan répondit : « Cela ne m’appartient pas et je n’en ai pas le pouvoir. » Ils rejetèrent donc la paix et passèrent à l’attaque.
Le sultan forma alors son armée (5) en un seul rang, c’était un dimanche, le dix-neuvième jour du mois de Ramadân, près de Qurûn Hama. Il leur opposa une grande résistance. Pendant le combat, son neveu Taqî ad-Dîn ‘Umar ibn Shâhanshâh (6) arriva avec son frère Farûkhshâ (7) et un détachement de l’armée. La situation bascula alors en faveur du sultan, et la crainte qu’il inspirait gagna l’ennemi, qui s’enfuit en désordre. Plusieurs de leurs chefs furent faits prisonniers. Le sultan ordonna de ne pas pourchasser les fuyards ni d’achever les blessés. Il libéra ensuite ceux qu’il avait capturés, et se dirigea aussitôt vers Alep. Aussitôt, le sort de ses adversaires s’inversa et tourna au pire : la veille, c’était lui qui leur demandait la paix et la réconciliation, désormais, c’étaient eux qui le priaient de cesser les combats et de rebrousser chemin (10), lui offrant Ma‘arra, Kafr Tâlib (11) et Bârîn (12) en plus de tout ce qu’il détenait déjà des terres de Hama, Homs, Baalbek et Damas.
Le sultan accepta leur proposition, cessa les hostilités et jura de ne plus jamais attaquer le roi al-Sâlih, et de prononcer le prône (khutba) en son nom sur les chaires de toutes ses provinces et possessions. Son frère Majd ad-Dîn intercéda en faveur des Banû d-Dâya pour qu’ils soient libérés de prison, et c’est ce qu’il fit. Il s’en retourna ensuite, renforcé et victorieux, en paix et comblé de joie.