Ils contactèrent alors le comte franc de Tripoli et lui promirent de riches sommes d’argent s’il parvenait à éloigner le sultan an-Nâsir d’eux. Or ce comte avait été capturé par Nûr ad-Dîn et retenu prisonnier pendant dix ans. Puis on le libéra contre une rançon de cent mille dinars et la libération de mille prisonniers musulmans ; il n’oublia jamais cela à l’égard de Nûr ad-Dîn.
Le comte, – que Dieu le maudisse –, partit donc de Tripoli à la tête de son armée, mais n’osa pas affronter le sultan au combat. Il se dirigea plutôt vers Homs afin de s’en emparer par surprise. Le sultan an-Nâsir marcha alors contre lui, tout en dépêchant un détachement vers Tripoli. Ce dernier y tua des ennemis, en fit prisonniers et s’empara de butin. Quand le sultan an-Nâsir s’approcha, le comte rebroussa chemin et retourna dans ses terres, estimant avoir fait ce qu’on attendait de lui.
Lorsque Saladin revint à Homs, il n’en avait pas conquis la citadelle à son premier passage, aussi s’attacha-t-il à la prendre, érigeant contre elle des mangonneaux [qu’il avait obtenus par la force, réduisant ainsi ses occupants]. Puis il reprit la route vers Alep, où Dieu lui accorda, lors de ce retour, ce qu’il cherchait. Une fois arrivé, le cadi al-Fâdhil rédigea en son nom une lettre particulièrement éloquente, transmise par le prédicateur Shams ad-Dîn, dans laquelle il dit :
« Lorsqu’une pleine soumission a réglé le droit de la rencontre, la sincérité requiert l’effort assidu de la prière. Qu’on fasse le décompte, et qu’on relate les événements passés : aucun récit mensonger ne saurait l’amoindrir. Il est des affaires dont, si l’on en dit beaucoup, le fait même de trop en dire ne fait qu’évoquer ce qui a déjà eu lieu. Qu’on s’ouvre à ce qu’elles recèlent [peut-être cela dilatera-t-il la poitrine], et qu’on précise les situations restées éparses, car Dieu ne peut être adoré secrètement.
[Extrait du al-Kâmil] :
“Et parmi les merveilles, il en est d’extraordinaires qui voyagent à travers la terre sans que l’on en sache rien.
À l’exemple des chamelles de caravane : elles souffrent intensément de la soif, tandis que l’eau repose pourtant sur leur dos.” »